Deník Marie Bashkirtseff

Courtès se marie, je lui envoie une dépêche de félicitations. Il épouse la fille d'un ancien agent de change Dubois, il doit y avoir de l'argent. Tant mieux. Ce pauvre diable le désirait si naïvement qu'on ne peut que se réjouir de la fin de ses peines.
Maman m'écrit des lettres en français où elle me parle de mes mauvais sentiments et trouve que j'ai tort de me plaindre. Je devrais parait-il songer que j'ai toujours maltraité et chassé le comte Multedo qui a pourtant pour épouse une Française de bonne famille...
Que répondre à de telles choses ? J'ai pris tout ce galimatias à orthographe ridicule et je l'ai renvoyé à son auteur.
J’essaie de peindre du paysage, mais cela finit par un coup de pied dans la toile et puis une petite fille de quatre ans était là à côté qui me regardait faire et, au lieu de regarder mon paysage, je regardais l’enfant qui va me poser dès demain. Comment peut- on préférer quoi que ce soit à la figure ?
Les Moreau m'ennuient et pour comble le fils Moreau que sa mère croit ravissant va arriver.
J'ai tellement mal entre le cou et l’oreille gauche, tout à l’intérieur, que c’est à en devenir fou. Je ne le dis pas, cela me ferait ennuyer par ma tante et je sais que cela tient à mon mal de gorge.
Voilà plus de vingt-quatre heures que je souffre à crier, impossible de dormir, ni de faire quoi que ce soit, la lecture même en est interrompue à chaque instant. C’est cette douleur qui me fait voir la vie en noir, je crois. Misère de misère !
Quand en aurai-je fini tout à fait, pour toujours !