Tuesday, 27 July 1880
Mardi 27 juillet 1880
Courtes se marie, je lui envoie une depeche de felicitations. Il epouse la fille d'un ancien agent de change Dubois, il doit y avoir de l'argent. Tant mieux. Ce pauvre diable le desirait si naivement qu'on ne peut que se rejouir de la fin de ses peines.
Maman m'ecrit des lettres en francais ou elle me parle de mes mauvais sentiments et trouve que j'ai tort de me plaindre. Je devrais parait-il songer que j'ai toujours maltraite et chasse le comte Multedo qui a pourtant pour epouse une Francaise de bonne famille...
Que repondre a de telles choses ? J'ai pris tout ce galimatias a orthographe ridicule et je l'ai renvoye a son auteur.
J'essaie de peindre du paysage, mais cela finit par un coup de pied dans la toile et puis une petite fille de quatre ans etait la a cote qui me regardait faire et, au lieu de regarder mon paysage, je regardais l'enfant qui va me poser des demain. Comment peut-on preferer quoi que ce soit a la figure ?
Les Moreau m'ennuient et pour comble le fils Moreau que sa mere croit ravissant va arriver.
J'ai tellement mal entre le cou et l'oreille gauche, tout a l'interieur, que c'est a en devenir fou. Je ne le dis pas, cela me ferait ennuyer par ma tante et je sais que cela tient a mon mal de gorge.
Voila plus de vingt-quatre heures que je souffre a crier, impossible de dormir, ni de faire quoi que ce soit, la lecture meme en est interrompue a chaque instant. C'est cette douleur qui me fait voir la vie en noir, je crois. Misere de misere !
Quand en aurai-je fini tout a fait, pour toujours !