Vendredi, 31 octobre 1879

Nous revenons de l’Opéra, je suis de bonne humeur, nous nous sommes amusés, nous étions très chic. Mme Gavini, Berthe, Dina, moi, Johnstone, Gavini, baron de Nervo, Multedo, Géry père et fils, le marquis de Casa-Riera et son secrétaire.
Le marquis est aveugle mais voilà la seconde fois que je lui parle, il reconnaît ma voix, je me dévoue et lui tiens compagnie pendant vingt minutes. Nous n’avons pas entendu de musique, on a causé tout le temps et comme on était très entrain il n’y a rien de spécial à raconter.
Le fils Géry est un charmant garçon, attaché à Bruxelles, pas bête du tout et sympathique, grand brun dans le genre Joseph qu’il connaît beaucoup.
Nous avons fait un effet bœuf, je dis nous parce que Berthe n’est arrivée qu’après. Mme Gavini ne se sentait pas de joie de voir qu’on me lorgnait. Moi, je suis arrivée la tête haute comme si j’étais la reine de Paris, cet air-là avec une pointe d’enfantillage m’embellit beaucoup.
Cassagnac est beau et bon et il a une rosse pour femme. Ne soyez pas scandalisés ! C’est une vraie rosse. Enfin... je suis presque contente que cela soit ainsi; que serais-je devenue sans le Petit Prince ? Au fait non, je le pousserais vers Jérôme et on aurait pu s’arranger à ravir, sa femme est si bête ! Blanc l’a encore dit ce soir.