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Mardi 7 août 1877
Ils sont partis lundi, hier et nous venons de recevoir une dépêche de maman dans laquelle elle dit qu’ils ont perdu trois grandes malles.A propos d’un méchant livre, du « Journal d’un diplomate en Italie1, » par d’Ideville, une tempête !
Sans doute, la baronne ne comprend pas qu’on préfère quoi que ce soit aux boulevards de Paris et je suis sûre que lorsque je me plains elle me traite, mentalement, de barbare, de petite extravagante à moitié civilisée qui est riche et ne sait pas employer son argent tandis qu’elle, Française, civilisée, et par dessus tout Française ! ...
Il y a très peu de Français qui comprennent une existence agréable hors de France, surtout ceux qui n’ont pas voyagé.
Depuis que j’adore l’Italie, j’imagine que tout le monde va me trouver stupide de l’adorer, me prendre pour une sotte qui hurle à la lune, et contester les beautés, les charmes, les attractions de ce pays. Pays unique, merveilleux, incomparable.
D’où je suis exilée !!
Et le seul moyen (?) d’y revenir c’est de rester à Paris ! Me marier enfin ! Je chercherai à Paris, puis j’irai à Londres, en Espagne, au diable !!!
On pleure et on rit de soi-même, mais on est plus triste que gai.
Si je pouvais y aller à présent, je m’y marierais mieux qu’ailleurs. Mais si je pouvais y aller croyez-vous que je me marierais comme ça ? ! Oh, non. Alors je ne me marierais que par amour.
J’ai été m’abrutir au Bon Marché qui me plaît comme tout ce qui est bien organisé.
On a soupé chez nous. Hall buvait, buvait, buvait, la baronne aussi un peu, le baron est revenu, de chez Georges, assez gris; moi et ma tante nous jouissions du spectacle. Enfin le baron posa sa vieille tête sur l’épaule de son épouse, Hall voulut me prendre dans ses bras pour faire pendant, en éclatant de rire... J’ai ri, mais c’est... Je suis triste, desespérée !
Et c’est impossible. Mot affreux, désespérant, horrible, hideux !!!
Mourir, Mon Dieu, mourir !!
Mourir... sans avoir rien laissé après moi ? Mourir comme un chien, comme sont mortes cent mille femmes dont le nom est à peine gravé sur leurs tombes ?
Mourir comme...
Folle ! Folle qui ne voit pas ce que veut Dieu ! Dieu veut que je renonce à tout et me consacre à l’art ! Dans cinq ans je serai encore jeune, peut-être serai-je belle, belle de ma beauté... Oui, mais si je devenais qu’une médiocrité artistique comme il y en a tant ?! Avec le monde ce serait bien, mais consacrer sa vie à cela et ne pas réussir... Je raisonne comme si j’avais le choix ! Misérable, folle, lâche, indigne, sotte... ridicule !!!
A Paris comme partout il y a une colonie russe... là n’est pas ces mesquines considérations qui m’enragent mais c’est que quelques mesquines qu’elles soient elles me désespèrent et m’empêchent de songer à ma grandeur.
Qu’est-ce qu’est la vie sans entourage ? Que peut-on faire toujours seule, seule, seule ! Cela me fait haïr ma famille, me haïr moi-même, blasphémer ! Vivre, Vivre, vivre ! Sainte Marie, Mère de Dieu, Seigneur Jésus-Christ.
A qui en appeler, qui supplier, que faire ?!
Mon Dieu, venez à mon aide !
Mais si on se consacre aux arts il faut aller en Italie !!! Oui, à Rome, et c’est impossible.
Ce mur de granit contre lequel je veux me briser le front à chaque instant ! ...
Je resterai ici.
Poznámky
Henry d'Ideville, Journal d'un diplomate en Italie (2 vols, 1872–1873, on Turin and Rome): the memoirs of a French diplomat in Italy during unification. ↩