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Samedi 19 mai 1877
Je suis allée peupler le Skating, fort élégante. Dina patinait avec Lise et moi je les regardais avec Collignon. Voilà toute l’assistance. Audiffret est entré, a regardé tout autour les banquettes vides et vint s’asseoir auprès de moi. Je suis polie avec lui tout en continuant de ne pas le remarquer, ce dont il ne s’accommode pas du tout devant Laurenti et Sommier, et s’en va avant eux.Pauvre homme, je me sens reine avec lui, on ne sait trop pourquoi.
De bonnes âmes sont venues prévenir Rosalie que nous la planterions là et qu’elle ferait bien de nous quitter, elle vint me dire tout en larmes qu’elle partait, j’ai, je ne sais comment su la raison car elle ne voulait pas la dire, et l’ayant su, je l’ai traité de vaurienne et d’idiote et lui ai dit qu’elle pouvait aller servir qui elle voulait dès demain, que je n’avais pas besoin d’une fichue-coquine comme elle.
- Comment ! Vous écoutez des gens dans la rue et vous osez les croire en dépit de ce que je dis ! Puisque je suis contente de vous, puisque vous êtes contente de moi que diable !
Rassurée de la sorte, elle reste et m’apporte une lettre du Petit-Charles qui entre autres, lui demande de mes nouvelles comme toujours, où nous allons et quand, et puis si on n’a pas eu de nouvelles de Monsieur le comte. On suppose que les gens du 19 désirent savoir si nous correspondons.
Le soir, j’ai fait porter au jardin le cercueil d’Alexandre et j’ai charmé les oreilles des passants. Le cercueil d’Alexandre, c’est la boîte de ma mandoline.
Il me manquait de savoir jouer d’un instrument comme celui-ci. Le piano me déplaît à moins d’être quelque chose de fabuleux.
J’ai rêvé qu’Alexandre me disait que sa mère avait vécu avec le père de Marcuard.