CZENUKFROriginál (vícejazyčný)

Dimanche 1er août 1875

Je viens d’arriver. Le voyage ne s’est pas passé aussi tristement que je croyais. Nous avons ri tout le temps et pour empêcher les gens d’entrer dans notre compartiment Stiopa ôtait sa redingote et Smirnoff se mettait à la fenêtre et disait avec un sang-froid impayable qu’il y avait un fou furieux parmi nous. Ce qui nous faisait éclater et rire tellement qu’aux stations tout le monde regardait et écoutait avec étonnement.
Nous sommes à l’hôtel des Iles Britanniques, rue de la Paix 22. Je ne suis pas contente. Il fallait aller au Grand Hôtel.
Mais bah ! Ça me fait une économie, ici je ne paye que quinze francs par jour. Et nous avons trois gentilles chambres à l’entresol.
J’ai besoin d’argent et ma tante ne m’a donné que trois mille cent soixante quinze francs pour tout. C’est affreusement peu mais elle n’avait pas plus. Smirnoff est venu avec nous, ce malheureux garçon a tellement perdu qu’il va aller en troisième classe jusqu’à Pétersbourg.
Il vient de rentrer et dit avoir vu d’Audiffret. Pourvu que je le voie plus vite. Je me suis habituée à l’idée de le rencontrer ici. J’ai fait les cartes en route pour moi et pour lui. Pour moi réussite complète et cet éternel roi de pique, amoureux de moi; pour lui inquiétudes, soucis.
J’ai grande envie de le voir.
Il loge à l’hôtel Splendid tout à côté de moi.
Dormons et soyons fraîche pour demain.