Deník Marie Bashkirtseff

Ah ! mon beau rêve !
Quand j'en parle, Dina dit en riant qu'il me présage ce vieux richard Malzoff qui, à ce qu'il paraît ne fait que me regarder. En effet j'ai cru remarquer qu'il me regardait, cette dernière semaine surtout.
Ah la misérable journée !
Georges, ce cher, cet adoré, cet homme béni est ici et fait grand scandale dans toute la maison.
Oh ! Mon Dieu puisse la grosseur de ces lettres et la force avec laquelle j'appuie la plume exprimer combien je suis enragée et humiliée d'être obligée de souffrir ce scandaleux ivrogne, lâche, infâme !
Il tuera ma mère comme il a tué la sienne !
Tout se brise devant son infamie, même ma volonté !
Je lis mon journal le moment où il se marie !
Je pleure, je rage, je crie, je deviens folle !
Mon Dieu, Mon Dieu !
J'ai soupé et je reviens écrire, calmée. J'étais à l'église ce matin en robe longue (robe Archiduc et chapeau bien ).
Puis je suis sortie, je me promène presque toute la journée, vers cinq heures j'étais avec Collignon achetant des timbres, lorsque passe Mme Sapogenikoff en landau avec ses enfants, juste en ce moment passent le frère de Doria et le comte Somaglia et ils ont vu ma robe longue quand je descendais de ma voiture pour monter dans celle de Nina.
Leur gaieté me rend gaie; vrai ces Sapogenikoff sont gentils. Nous allons au café.
Avant de monter dans la voiture de Nina, mes petits mendiants m'entourent, je leur donne et parle avec eux. Le Doria et le joli Italien blond leur donnent aussi toujours.
Ah ! je n'étais pas alors dans l'humeur d'à présent et je n'avais pas lu les fêtes du mariage du duc, je n'avais pas envié, je n'avais pas ragé, je n'avais pas pleuré.
Oh ! je voudrais jurer, pester, battre, crier. Je suis malheureuse, pitoyable. Oh ! plaignez-moi, plaignez-moi tous !
Pour comprendre ma fureur il faut me connaître et lire mon journal depuis le commencement.