Deník Marie Bashkirtseff

Au moment où je finissais ma troisième heure de piano, la voiture vint avec ordre de maman de transporter les peintures. J'étais très contente, car voilà une semaine que je suis comme les sospesi de Dante.
Lo era intra color che son sospesi
E donna mi chiamo biata e bella
Tal che di commandare i la ricchiesi, etc.
La chose qui m'ennuie le plus, c'est que je perds mon temps ! Oh ! c'est affreux. J'en pleure, je suis devenue pâle et laide à cause des tribulations intérieures. Le Seigneur a entendu ma prière et nous allons enfin nous caser. Je me mis vite à rassembler tous les tableaux and we fully loaded the landau only with pictures, twice it came to fetch them. What a splendid thing is to occupy an active part in anything. My amour-propre was fully gratified when I saw that all were indebted to me for the quick transport of all the little things which each apart seem nothing, and try to put them together, they will be more than the largest trunks. My pride was still more engrossed when Palajka said. Voilà, s'il n'y avait pas eu Marie Constantinovna, aujourd'hui ils n'auraient pas transporté tout cela, je vous le jure. Ail my ambition is to be useful. |Rayé Far to complain that I am not a man I am very happy to be] Far from the desire of being a man, I am very glad to be what I am. In my understanding a woman can be just as useful to her country and to humanity as a man, and there was (not is) only difference in education. I cannot live ignorée et confondue in the crowd, I must distinguish myself. It is a pity that the people is still a little stupid and do not yet look at women as they ought to look, it prevents me from doing some brilliant [Rayé: exploit] deed, and to occupy a place notable in the government, and to become the president of a republic, in France for instance, but no, it is too easy, in France each worthless talker is something and can be the president. But I want to become something in reward for my services, and not for a fine speech.
Nous quittons cet appartement. Je le regrette beaucoup, non que je le trouve commode et beau, mais parce que c'est un ancien ami, que j'y suis habituée. Quand je pense que je ne verrai plus mon cher cabinet d'étude ! J'y ai tant pensé à lui. Cette table sur laquelle je m'appuyais tous les jours et sur laquelle j'écrivais, tout ce qu'il y a de plus doux et de plus caché dans mon âme. Ces murs où mon regard se promenait, comme voulant les percer et aller loin, loin ! Dans chaque fleur du papier je le voyais. Combien de scènes je m'imaginais dans ce cabinet, où il jouait le principal rôle.
[Trois lignes cancellées]
Il me semble qu'il n'y a au monde une seule chose à laquelle je n'aie pas pensé dans cette petite chambre, en commençant par les plus simples jusqu'aux plus bizarres. Il n'y a pas une circonstance dans laquelle je ne me figurais pas Hamilton.
Riche, pauvre, malade, la gorge coupée, mort, parti, près de moi, en colère, bon, etc. etc.
Quelquefois des scènes entières se passaient dans ma folle tête. Je le voyais malade, moi auprès de lui, il est senseless. Je crie au secours, les médecins ne peuvent rien faire ! Il meurt ! Je lève les mains au ciel, je crie, je me jette par terre ! Rien au monde ne peut se comparer à ma douleur. Seulement d'écrire ce que je pensais me fait venir des frissons et une sueur froide et des larmes.
Vraiment c'est une telle douleur ! Je me martyrise de mon gré, bête que je suis. Oh ! quand je le vois mort à mes yeux et que je me sens powerless, je ne puis le secourir, il est perdu pour jamais ! Oh! mon Dieu détourne ces horribles pensées de mon cœur !!! Comment donc peut ne pas être cher l'endroit où tant de choses affreuses m'ont tourmentée et encore tant de rêves magnifiques m'ont consolée de ces horreurs. Le meilleur dominait, et je n'emporte que de bons souvenirs.
Je ne suis rien de plus qu'une folle qui sait cacher sa folie. Tout le monde qui lirait cela dirait la même chose.
Tout de même je suis bien chagrinée de quitter Acqua Viva. Je me souviens au printemps (février et mars) quand le matin à six heures je regardais par la fenêtre, à droite la maison Savit; plus en arrière la maison Carlone, plus loin les villas 57, Boreel, Canepa. A gauche le pavillon Acqua Viva, les pavillons Lyons, la grande maison, la Corinthienne, la villa Stirbey, la ex-pension Renoir. En bas le magnifique jardin, devant moi the boundless sea, et au dessus de ma tête le ciel, beau, bleu, clair, je m'appuyais le dos sur la fenêtre et penchais la tête renversée pour regarder ce beau ciel. On éprouve un sentiment d'effroi en le regardant ainsi. Et cette terrasse ! cette terrasse où je restais les yeux fixés à droite jusqu'à ce que la lumière disparaissait et les appels répétés des domestiques me faisaient rentrer. Qu'est-ce que je voyais donc ? Où mes yeux étaient fixés ? Sa voiture à la porte de cette...! Et moi, quelle humiliation ! J'espérais que peut-être il sortira et j'aurais le bonheur de le voir. A quoi ça sert ? Puisqu'en sortant de chez elle il est plein d'elle et ne sort que pour plus vite rentrer. A quoi ça sert ? Puisqu'il ne fera même pas attention à moi, pauvre créature assise, le regard fatigué. Et pour comble de disgrâce laissera échapper le moment où il passera vite à côté. C'est seulement pour corriger [?]: non ! non ! c'était nécessaire pour soutenir en moi la force et la vigueur, l'énergie pour être capable de quelque chose. Je ne le vois plus et je suis devenue molle, apathique, paresseuse. Mais quel bonheur aussi lorsqu'en passant il regarde machinalement de mon côté ! Comme je suis heureuse ! Et je fais tout pour me persuader que c'est moi qu'il a regardée. Je reviens à la maison toute fière, gaie et ris comme une folle tout le dîner et même en apprenant les leçons, je laisse tomber le livre et un sourire aux lèvres, fais des châteaux en Espagne. J'étais plusieurs fois surprise ainsi par Mlle Collignon.
Et comment, comment puis-je ne pas pleurer en quittant une maison où j'ai tant éprouvé d'émotions, même chaque chaise m'est chère, la lampe devant laquelle j'écris ne m'est pas indifférente. Et l'encrier ! c'est le principal, c'est de cet encrier que j'ai écrit tout ce que renferment ces 5 11/2.
Maman etc. sont allés à Monaco. Je reviens à la maison. Ma tante reçut une lettre de Mme Mortier, elle écrit qu'il y a peu de monde à Bade mais des bonnes familles. Une lettre charmante. C'est dans son magasin à Bade que j'ai vu pour la première fois Gioia, j'étais occupée à essayer un chapeau lorsqu'elle entra, je n'ai vu que le bout de sa robe lorsqu'elle sortit. Mme Mortier dit quelque chose à maman, je demande quoi ? elle me dit :
Voilà, Hamilianina, quelle élégante, et pas [?] très belle.
J'ai beaucoup voulu la voir. Depuis je la vis trois ou quatre fois en voiture, mais fugitivement et sans faire attention. Je ne la trouvais pas belle. Maintenant oui.
[Dans la marge: Tous les sujets que je traite finissent par Hamilton. Si je commençais à parler d'un voyage dans la lune, j'aurais sûrement trouvé un prétexte de l'y mêler. Je me laisserais tomber gently dans mon sujet favori sans m'en apercevoir.]