Mardi 17 juin 1873
Je me suis éveillée un peu tard à neuf heures et j'ai appris que Mme Sapogenikoff a passé la nuit chez nous, qu'elles sont arrivées, maman, ma tante et Mme Sapogenikoff à une heure et ont encore causé jusqu'à la lumière. J'étais dans mon lit lorsqu'elle est venue m'embrasser disant qu'elle voulait me voir comme je l'ai vue hier. Nous avons pris le thé presque à onze heures tous ensemble. Mme Sapogenikoff racontait toutes ses lettres anonymes, calomnies, misères, etc. etc. Elle a une vraie Tolstoy là-bas. Une heure après le deuxième déjeuner à deux, elle partit accompagnée de maman etc. à la gare. Walitsky lui a procuré de l'argent, il courut toute la matinée.
Nous restâmes à la maison. J'ai employé tout le temps jusqu'à l'arrivée des Howard à me coiffer. Hélène et Lise seules vinrent. J'ai fait des reproches pour avoir laissé Aggie et les garçons mais ils avaient une leçon, (robe grise batiste, bien). Avant dîner nous restions au jardin. J'ai jeté le singe dans l'eau et je le vis nager, pour la première fois. On dîna, après nous avons joué au croquet, je l'ai étrenné aujourd'hui. Une seule partie, ça a duré assez longtemps, car j'avais de la peine à bien jouer sur des cailloux. Puis on apporta les glaces au jardin. Après quelques tours de jardin maman nous a priés de rentrer, j'obéis, mais je rentrais par le plus long chemin.
Nous restâmes encore quelque temps dans une chambre sans bougies, dans le crépuscule, lorsque vint Mme Howard. Et encore elle est restée un quart d'heure avant que les enfants partent. Je me suis bien amusée en somme.
J'étais très pâle, et je le suis depuis longtemps, je deviens laide. On m'a grondé aujourd'hui parce que je suis pâle et j'ai des sacs sous les yeux. Est-ce ma faute ? Et ne donnerais-je pas tout pour être rose et jolie ? Ce sont ces triples émotions; le temps perdu, les leçons manquées, le désir d'apprendre, l'anxiousness pour savoir si je le connaîtrai, s'il m'aimera. Tout cela m'épuise au plus haut degré.