Deník Marie Bashkirtseff

A l'église (robe grise en batiste, bien) je n'aime pas beaucoup cette robe. Il n'y avait presque personne. La grande-duchesse était à l'église pour la première fois depuis deux mois peut être. Les Tolstoy étaient là les canailles ! Comment elle n'a pas honte après avoir reçu des soufflets. Nous prîmes Mme Anitchkoff et nous sommes allés à la maison. (A l'église nous avons vu les enfants Howard et encore quelques personnes).
Sans attendre le déjeuner maman est allée à la gare, moi aussi, pour acheter des concombres, mais au lieu de ça, je suis allée à Monaco avec maman et Lefèvre pour persuader Georges de venir à Nice. Nous descendîmes à Monaco et ayant pris un fiacre we drove directly to the house where George lives.
Une petite chambre pauvre, une autre à côté pour la domestique et une salle à manger servant de salon au besoin, voilà ce que nous avons trouvé. Anna était là. Nous nous installâmes et on a commencé la discussion, mais en vain, il ne veut rien écouter, raisonne comme un bébé ou plutôt ne raisonne pas du tout. Après avoir parlé, crié, prouvé pendant deux
heures, j'ai proposé à maman d'aller au casino.
En sortant, j'ai tendu la main à Anna et elle l'a embrassée. J'étais très confuse, ne savais que faire. Je l'ai embrassée. Georges nous accompagna quelques pas. Il a parlé du prince de Monaco, du fils, de sa femme, je pensais, je voulais que la conversation touche Hamilton. Mais Georges s'est borné à dire que il est marié à Hamilton.
Nous sommes allées en fiacre jusqu'au casino. Maintenant, il faut avoir une carte personnelle pour entrer. Et quand nous sommes entrées, les salons étaient propres, nettoyés de toute cette canaille, des cocottes etc. etc. On était comme dans un salon comme il faut, on se sentait à son aise. Mais c'est un peu monotone. Avec ces personnes c'est plus animé et j'aimais mieux Monaco alors. Une maison de jeux doit être une maison de jeux, et rien de plus ! Maintenant c'est trop tiré, mais cela me plaît mieux, c'est noble. Maman a gagné trois cents francs à peu près et moi trente francs.
Solominka et Walitsky sont là. Ce dernier est allé pour persuader Georges depuis dix heures.
Nous nous en retournâmes sans résultat mais pas sans espérance. De la gare maman est allée chez l'avocat Malausséna pour son affaire, car dans le discours de l'avocat des Tolstoy elle était nommée.
Ma tante va mieux et bientôt j'espère nous allons à Vienne. Oh ! mon Dieu, aide-moi en cela, fais-moi aller à Vienne !