Mardi 18 mars 1873
Il fait un temps si affreux ! Vent, pluie, grêle. Je n'ai jamais vu dans ma vie rien de pareil. Il fait sombre comme à sept heures du soir. C'est le plus mauvais temps que j'ai jamais vu ! Et comme il m'ennuie. L'ordre des choses est chan-gé, nous ne sortons pas. D'ailleurs voilà près de quinze jours qu'il fait mauvais, pendant ce temps je suis tout à fait déshabituée de voir tout le monde. A la promenade on ne voit plus que quelques personnes inconnues. Les anciens habitués ne sortent pas ou sont partis. C'est triste. Je ne puis pas vivre ainsi. Je m'ennuie de ne plus voir personne. Ça n'est pas Boreel que je désire voir, mais tout le monde. Je mets cela pour qu'en lisant mon journal dans quelque temps je ne pense que, ne voulant le nommer, je parle en général mais non, il ne m'est pas même venu dans la tête quand j'écrivais. Je ne pense presque plus à lui. Je ne pense qu'à lui , à celui que j'aime ! Où est-il oh ! mon Dieu ? Partout où il est ma prière le suit, je prie le Bon Dieu de le conserver, d'écarter de lui tous les désagréments, tous les dangers, de le protéger ! Mon Dieu ! garde-le sain et sauf.
Mlle Collignon devient désagréable. Hier à dîner nous parlions des salons, je disais mon goût et n'étais pas d'accord avec elle, entre autre elle me dit que je n'ai jamais été dans un beau salon; et d'un ton impertinent je lui ai répondu de même et elle sortit de la table. Aujourd'hui pendant la leçon nous recommencâmes la conversation d'hier, je lui dis que je n'aimais qu'on me parle d'un ton impertinent, elle répondit. Nous avons parlé en nous disputant mais ma conscience est nette, je ne lui ai rien dit de trop. Je l'ai seulement réprimandée pour l'impolitesse envers nous tous car si je n'ai pas vu de beau salon, le reste aussi. Elle a déjà parlé plusieurs mois avant de cela d'un même ton de souveraine. Je crois qu'elle part et je n'en suis pas fâchée. Avant, quand elle n'était pas ce qu'elle est je la regretterai, mais maintenant, non.
Je serai même contente car j'aurai une Anglaise et je parlerai anglais. Tous ces jours on parle un peu du nom de Hamilton et cela me fait un énorme plaisir, quand je ne rougis pas.