Deník Marie Bashkirtseff

Il pleut presque tout le temps.
Le matin, j'ai regardé dans le dictionnaire de Bouillet "Hamilton" et j'ai tout lu puis je vis "ville d'Angleterre" avec le beau château du duc d'Hamilton etc. etc... Ces mots m'ont achevée, mon cœur battait, parce que tout ce que je lisais des autres Hamilton, qu'est-ce que cela me fait, mais quand je vis "duc" il n'y en a qu'un et c'est celui que j'aime ! J'ai failli me trouver mal, comme c'est drôle, le nom seul quel effet il produit sur moi. Si je lisais "Boreel", ça me serait bien indifférent. Je me suis assise à la table en couvrant ma figure des mains, je ne pouvais rien faire. Oh ! s'il le savait ! S'il savait qu'en voyant son nom je me trouve presque mal ! [Rayé: Oh comme je l'aime !]
Toutes les fois que dans une leçon quelconque je dois dire le mot "duc" je deviens rouge à l'impossible, c'est si ennuyeux. Je crois que Mlle Collignon le voit. Mais vraiment son nom seul produit sur moi un effet magique. Cela me bouleverse et j'aime cela.
Maman aujourd'hui s'est confessée, demain elle communiera.
A la promenade (vêtement vigogne) en voiture à moitié ouverte, j'avais mon waterproof et il pleuvait par petites gouttes. Je ne sais pourquoi le marquis de Bellevue me salue. Il ne m'a pas été présenté, il connaît maman, Mlle Billamois. Pas beaucoup de monde. Il y a une matinée au cercle Masséna.
Le soir au théâtre Italien (robe violette, le tout assez bien). Beaucoup de monde mais la société n'y était pas. On donnait pour la première fois "La Forza del destino" de Verdi; on dit qu'il s'y trouvait.
C'est pour la première fois que je vois cet opéra. Il m'a plu. Gabrielli est venu nous voir dans la loge. Il parla de Paris, du Bois de Boulogne et demanda si nous y allons au printemps. Je voudrais tant y aller, parce que je crois que le duc de Hamilton est là. Je le verrais au Bois, mais toujours ignorée de lui ! Oh I mon Dieu, aide-moi ! Fais-le moi avoir. Je l'aime. Oh ! faites qu'il m'aime aussi. Vous pouvez tout, oh ! mon Dieu.