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Vendredi 3 août 1883
Bastien-Lepage est désespérant quand on étudie la nature de près, quand on veut l’imiter absolument il est impossible de ne pas penser tout le temps à cet immense artiste.
Il possède tous les secrets de l’épiderme, ce que font les autres est de la peinture, lui c’est la nature même.
On parle de réalistes ! Mais les réalistes ne savent pas ce que c’est que la Réalité, ils sont grossiers et croient être vrais.
Le réalisme ne consiste pas dans la représentation d’une chose vulgaire, mais dans le rendu qui doit être parfait.
Je ne veux pas que ce soit de la peinture, je veux que ce soit de la peau et que ça vive ! Quand on s’est donné un mal de chien toute la journée on en est à se reprocher cruellement d’avoir travaillé mal et d’avoir produit une chose sèche et peinte !
Et le souvenir de ce monstre de Damvillers vous écrase. C’est large, c’est simple, et c’est vrai et tous les détails de la nature y sont ! Ah misère !
Et la sculpture, eh bien je travaille presque tous les matins à des études, quant à la grande machine le fer a été assujeti ce soir par un monsieur envoyé par Carriès, j’avais demandé un ouvrier et il m’a envoyé un camarade, enfin il m’a enseigné comment on arrange les fils de fer etc. etc. Et j’ai donné cinquante francs mais c’est cher, mais un artiste ne peut se payer comme un ouvrier.
Tchernitsky, autrement dite la folle, le père Tchoumakoff et le pope.
Je dors.
Je me surprends à parler avec les intonations de Saint-Marceaux. Voyons lequel est-ce que je préfère ? Je n’en sais rien. Mais il y a du côté de Bastien je ne sais quoi qui fait que je considérerais sa conquête comme une revanche.
Saint-Marceaux est plus aimable. Oh ! Oui. L’architecte dit que Saint-Marceaux doit me considérer. Possible et en plus il me trouve originale et gentille. Quant au compatriote de Jeanne d’Arc je lui déplais. Je le sens.
Comprenez, il ne s’agit de rien, puisque Saint-Marceaux a un attachement, du reste ni l’un ni l’autre ne sont des épouseurs... mais non, enfin je lui déplais.
C’est triste de déplaire même à une femme, ça m’écrase écrasée quand je suis en face d’un être à qui je déplais. Ce n’est pas humiliant, les plus belles peuvent déplaire, mais c’est embêtant. Il n’y a que la parfaite indifférence qui peut... Cet idiot me croit à ses pieds, je le lui ai fait croire, et l’ai reçu avec tant de trouble la fois qu’il est venu, le jour qu’il m’a dit d’un ton très doux: « voyons, soyez calme, je ne suis pas bien effrayant, je suis un homme comme les autres ». Ça c’est assez joli. S’il savait comme je m’en moque... tant qu’on n’a pas l’air de se gober je puis admirer mais dès qu’un être me prend au mot et croit Dieu je n’ai pas assez de tous mes sentiments les plus divers pour m’en moquer, en dedans...
Comment le lui faire savoir !...