Mercredi 3 janvier 1883

La lecture des journaux remplis de Gambetta me serre la tête comme dans un cercle de fer, les tirades patriotiques, les mots sonores, patriote, grand citoyen, un deuil national... Je ne peux pas travailler, j’ai essayé, j’ai voulu m’y forcer et c’est même ce faux sang-froid de la première heure qui m’a fait commettre l’irréparable et jamais regrettable bêtise d’être restée à Paris au lieu de courir à Ville d’Avray la nouvelle sitôt reçue et voir la chambre et faire même un croquis... Je ne toujours serai jamais opportuniste...
Enfin... Vous voyez d’après les journaux que Bastien n’a pas quitté un instant à Ville d’Avray et au Palais-Bourbon. Nous allons à l’Opéra ce soir, loge Casa-Riera, comme d’habitude. Les Gavini, Géry, Nervo, Lahirle, le marquis et la marquise de Villeneuve, la marquise est la fille du prince Pierre Bonaparte et mariée à son petit marquis de mari grâce au million donné par le prince Roland son frère marié et veuf de Mlle Blanc, de Monaco. Là. Je suis couverte de roses et de vapeurs blanches, une natte autour de la tête; cette couronne de cheveux a quelque chose de ravissant. Le marquis de Casa-Riera est là aussi. C’est [le] neveu du vieux mort dont il a hérité les soixantes millions. Il a cinquante ans et célibataire.