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Mardi 11 avril 1882
J’ai rêvé de ma mère florentine en larmes et je la consolais.Papa est enfin parti, nous toutes et ses sœurs sommes allées le reconduire jusqu’à Monaco, nous en revenons en voiture par la nouvelle route. Il n’y avait pas de train et je ne voulais pas entrer dans la salle et voir Larderel.
Tout en voyageant Mme Hélène me demande des nouvelles d’Antonelli et outrée de son air malicieux je me suis mise à crier que jamais, jamais, jamais cet être ne m’a plu. Et c’est vrai mon Dieu, c’est vrai. En revanche je raconte Larderel, cela prend plus d’une heure...
Et maintenant que cinq années se sont passées, que ce qui pouvait être blessant et effacé par le temps... Cinq ans, cinq ans ! Eh bien je vous assure que c’est un souvenir parfumé et amusant et que les fleurs, les bonbonnières, les sérénades de Naples valent bien ces quatre années de peinture et de politique...
Et ma chère famille de Florence. Est-ce que je puis me vexer de la folie de cet homme perdu, plus qu’à moitié égaré quand sa gracieuse élégante et sympathique famille était si charmante ! Je crois bien, on serait si heureux de caser ce terrible et gênant Alexandre.
Marcuard a dit que sa mère était si heureuse en croyant qu’il faisait la cour à une jeune fille... Et tout le monde excepté cet idiot, et même lui si j’avais été moins une enfant.
Je ne regrette rien, rien, rien. Si je m’étais mariée ça aurait été épouvantable.
Seulement voici le projet, aller à Jérusalem faire le tableau qui me tient la tête et revenir à Naples vers le Carnaval et pendant trois semaines s’en donner des balcons, des promenades, des guitaires... Ô Italie, ô Naples, ô fleurs ! 0 œillades , ô trous de serrures ! Ô Larderel, ô tout !
Et j’en trouverai un autre et meme deux et peut-etre le meme et l’hotel du Louvre, prince de Prusse, Doenhoff, le cocher Charles, o Chiaja, o Opera ! O soirs parfumes, o bruits des vagues se confondant avec le son des mandolines, voix eraillees de chanteurs ambulants, melodies celestes, silence de la nuit, poesie, reve, bonheur, amour, ciel. Et loin de la Chambre des deputes, des boulevards et des peintures. O jeunesse, o vie !