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Mercredi 5 avril 1882
Il s’est passé des drames ! Ce Bojidar est dans les états. Sarah Bernhard au lieu de venir jouer à Nice s’est enfuie à Londres avec son jeune premier Daria qu’elle vient d’épouser, certes voilà une aventure folle. A quoi bon se marier quand on est aussi libre qu’elle. Mais il paraît que c’est lui qui l’a voulu. Quant à Bojidar il raconte hors de lui que Sarah est hystérique et que ce monsieur est un misérable d’exploiter cet accès de folie.Et là dessus les histoires les plus extraordinaires comme d’habitude, il n’y avait que Berthe pour créer des drames sans queue ni tête et venir les raconter. Bojidar s’emballe, se contredit et finit par croire que c’est arrivé.
Mais soyez tranquille, Sarah sera cruellement punie, en son absence c’est Bojidar qui gardait les clefs de son hôtel, eh bien il va les lui faire porter sur un plateau par son domestique.
— Eh bien après ?
— Eh bien, cela voudra dire qu’elle ne me verra plus jamais, c’est adorable. Certes il se rendait utile et agréable dans l’intimité de l’actrice mais être enfant au point de croire que ce plateau fera de l’effet sur une femme aussi follement éprise. Il paraît que ses amis sont furieux. Il faut qu’elle soit folle. On ne s’imagine pas Sarah mariée, c’est une chose gênante et ridicule pour elle, dégradante pour son mari.
C’est un Grec... Je ne sais pourquoi les Grecs, les Roumains, les Montenegrins, les Bulgares !... tout cela ne me fait pas l’effet de gens comme nous, mais une race inferieure. Ajoutons-y les Turcs, les Serbes, les Armeniens, je suis folle mais ces peuples me paraissent quelque chose comme des tas de tricheurs...