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Samedi 22 octobre 1881
Eh bien me voilà dans cette Séville tant vantée. Voici un brouillon de lettre à Julian qui vous expliqueraEn somme je perds bien du temps ici.
J’ai vu le musee, une salle unique pleine de Murillo, j’aimerais mieux autre chose surtout la il n’a que des vierges et autres saintes. Moi qui suis barbare, outrecuidante, ignorante et grossière je n’ai pas encore vue de Vierge comme je m’imagine qu’Elle devrait être. Les vierges de Raphaël sont belles en photographies... Du reste je vous dirai ma précieuse opinion quand j’aurai revu cela. Murillo ne me dit pas grand chose je l’avoue, ces Vierges aux joues roses et aux visages ronds, il y a celle du Louvre qu’on a tant copiée, c’est la mieux sentie, on peut même la qualifier de divine.
Et la fabrique de cigares et cigarettes. Une odeur ! Si ce n’était que le tabac ! Un pêle-mêle de femmes, aux bras et aux cous nus, de fillettes et d’enfants. Pour la plupart ces êtres grouillants sont jolis et c’est une visite curieuse. Les femmes espagnoles ont une grâce que les autres femmes n’ont pas. Des chanteuses de café, des rouleuses de cigarillos marchent comme des reines et avec cela une souplesse, une grâce incomparable. Et des cous attachés d’une façon ! Des bras ronds et d’une forme très pure avec un ton magnifique...
Des créatures victorieuses et étonnantes. Il y en avait une surtout qui s’est levée pour aller prendre des feuilles de tabac... Un port de reine, une souplesse de chatte, une grâce divine... Avec une tête superbe, une carnation éblouissante, des bras, des yeux, un sourire. Nom d’un chien. Sans compter celles qui n’ont que du chic, les fillettes sont toutes drôles et ravissantes. Il y en a de laides mais peu et les laides même ont quelque chose.