Eh bien, il n'y a rien de neuf, Pollack et Escobar sont venus tous les jours, avant-hier nous sommes alles a un petit theatre ou l'on eu les loges par heure, on joue des petites pieces a couples improvisees par un acteur assez drole, je ne comprenais rien mais j'etais je crois jolie et ne me suis pas ennuyee. Pollack travaille au musee comme moi mais dans une autre salle, nous nous faisons des visites. L'autre jour pour voir ses etudes nous avons ete chez sa mere et aujourd'hui son pere et sa soeur sont venus chez nous, maman partait, leur presence nous a evite bien des larmes. J'etais tres triste depuis le matin et pourtant il fallait bien, il faut bien qu'elle parte car l'affaire touche enfin a sa fin et ne pas etre la serait tout perdre. Donc elle est partie. Pollack est devenu une sorte de Bojidar, nous avons fait un tour au Bueno Retiro avec sa soeur et son pere, ce qui nous a fait manquer Escobar qui nous attendait la pour se promener avec nous. La soiree se passe a parler arts avec Pollack et maintenant que je suis seule je me figure des choses noires, si maman allait mourir sans nous revoir, je ne sais pourquoi... Les cartes disent qu'il y aura une mort et me voila affolee d'inquietude, je voudrais lui ecrire une lettre pour dire que je l'adore, que je suis desesperee de lui avoir cause le moindre chagrin enfin une lettre dont je serais honteuse apres... Mais les cartes disent que l'affaire finira bien mais qu'elle mourra... c'est a prendre le chemin de fer demain. Oh ! si cette chose affreuse arrivait ce serait une punition
pour mes imbeciles revoltes filiales... Je passerais ma vie a pleurer de ne pouvoir racheter mes duretes. Ah ! je deviendrais folle... Songez donc se sentir coupable et ne pouvoir plus jamais, jamais racheter ses folies. Et elle mourrait croyant que je ne l'aime pas, que cela m'est egal, que je me console, que je suis meme peut-etre contente. Je m'attends a tous les malheurs mais je ne puis me figurer ce que me ferait celui-la... J'aime mieux tout au monde que cela, devenir aveugle, paralysee... Je serais a plaindre, mais perdre maman dans ces conditions-la il me semble que je l'aurais tuee.