Samedi 20 août 1881

Je me suis présentée seule chez Falguière le sculpteur; je lui ai dit que je suis Américaine et lui ai montré des dessins en lui faisant connaître mon désir de travailler. Il y en a un qu’il a trouvé très bien, très bien, tous les autres bons. Il m’a envoyée à un atelier où il donne des conseils et du reste si je ne m’en arrangeais pas il s’est mis à ma disposition soit pour que j’aille lui porter ce que j’aurais fait ou qu’il vienne chez moi. Ça c’est gentil. Mais pour ça j’ai Saint Marceaux que j’adore et je me contenterais de l’atelier où Arcangiolo notre ancien modèle le premier que j’ai dessiné, est domestiqe.
L’atelier est tenu par un ancien modèle aussi, Colorossi.
Je travaillerai le soir dans l’atelier des hommes, personne ne me connaît là, rue de la Grande Chaumière. Et du reste quand même on saurait on sait que je travaille dans un atelier. Les gens du monde ne distinguent pas ces choses-là et [!'] atelier seul sest déjà mal ainsi... Je peindrai de sept à une, de onze à douze déjeuner, de douze à quatre heure encore, ce qui fait une séance de huit heures, c’est tout ce qu’on peut faire de la peinture régulièrement, il y a des jours ou on reste neuf, dix heures mais c’est exceptionnel... De quatre à six repos. C’est beaucoup mais enfin je suis malade, de six à sept dîner, à sept et demie je suis à la sculpture jusqu’à dix heures.
dans la marge
on pourrait aussi dîner à cinq heures et demie pour travailler de sept à dix.
en travers
Je n’ai pas pu avoir mes modèles de peinture aux heures voulues et j’étais trop fatiguée ce soir et je m’attendais toujours à partir pour Biarritz, aussi ai-je remis ce travail à mon retour à octobre.
Et si je suis trop fatiguee... il est probable que je ne commencerai qu’a huit heures le matin, alors me donnant une heure le matin je n’en prendrai une dans l’après-midi et peindrai jusqu’à cinq heures. Une heure de repos c’est bien assez, je ne me repose jamais tant que ça, surtout en plein jour. Quant à l’hiver on ne peint que de huit à trois à cause du jour, quelquefois à trois et demie, j’aurai donc beau jeu; mais ne croyez pas que je m’en fasse mourir, les gens du monde, les oisifs sont épouvantés de huit heures, de dix heures de travail par jour, mais demander aux artistes, aux travailleurs on ne s’en porte que mieux, moi si je ne travaillais pas je me serais déjà tuée. Du reste je me donne quatre à huit heures de sommeil et du repos enfin... Je verrai Saint Marceaux à mon retour de la mer...