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Mardi, 2 décembre 1879
Aujourd’hui Cassagnac a atteint ses trente-six ans. Mais [il] n’est pas beau à la Chambre, j’y suis allée avec la Princesse et Alexis, (mon modèle étant malade). Nous n’avions même pas de billets, c’est-à-dire un seul et en arrivant nous avons fait appeler Gavini (j’ai été chez eux ce matin et j’y ai déjeuné. Ils m’ont présenté le duc de Rivoli qui a été aussi défiant que moi froide) qui est arrivé en disant, Princesse, venez donc Princesse que je vous montre le chemin; ce qui a fait lever la tête aux cinq cents badauds qui attendaient leurs députés dans la salle d’attente. C’est curieux comme on aime les titres en France. Et là-haut on nous met dans une galerie et au quatrième rang, c’était plein.
Heureusement un huissier qui me connaît de Versailles et qui se souvient de nos pièces est venu dire à Alexis qu’il y avait de la place dans la loge des ministres où nous allons et sommes à peu près bien. Dans vingt minutes nous allons au théâtre et je n’ouvre ce livre que pour vous parler de la beauté de Joseph, à propos Gambetta a eu un mot charmant, vous verrez cela dans le compte-rendu. Donc, Joseph est beau et j’allais dire que je suis contente de m’occuper d’un être si beau... mais ce serait l’aveu de quelque chose qui n’est pas.
Alexis, qui était derrière moi pendant la séance l’a lorgné en répétant qu’il est « épatant » et nous en avons ri ensemble. C’est un jeune dieu... et j’ai besoin de le dire. Maintenant puisque je le trouve si bien il est presque certain qu’il ne me remarque même pas et alors il serait bon de ne pas bêtement me toquer d’un garçon qui n’a jusqu’à présent que sa beauté et ses millions. Eh bien dès ce soir je me donne ma parole d’honneur de ne plus en parler et en plaisanter devant tout le monde. Il n’aurait qu’à se marier pour que j’aie l’air très bête.
Rouher a pour la première fois aujourd’hui depuis la mort du Prince reparu à la Chambre, à la Chambre à Paris, à l’ancien corps législatif. Il a dû avoir de drôles de visions. La pensée de cet homme depuis la mort de son Prince me fait mal, il doit être bien malheureux. Gavini me dit qu’il lui en a voulu de ce qu’il ne lui eût pas indiqué la loge où j’étais. Le père Gavini ne me gâte et surtout il craint de me monter la tête, voilà pourquoi je sais qu’il ne l’a pas inventé; du reste c’est tout simple une jeune fille a été très aimable avec un vieillard, l’a flatté, et il s’en souvient. « J’ai voulu rompre la glace dès le premier jour de mon arrivée » dit-il en arrivant à la chambre, il était très ému parait-il en arrivant.
Enfin, tout cela... je suis attachée à mon rocher et je tends les mains vers le ciel qui est occupé ailleurs sans doute.
Ce soir au théâtre, Mmes les Gavini et Abbatucci, mais comment les Randouin et Mmes de Marcilly et de Rainbouille étaient là aussi, nous avons tous leurs cavaliers, Janvier de la Motte, Lahirle, Delattre, Chaudordy, Randouin etc.