Mercredi, 1er octobre 1879

Voici des journaux et je viens de lire les deux cents pages dont se compose la première livraison de la revue de Mme Adam, Juliette Lamber. Tout cela m’a dérangée et j’ai quitté l’atelier à quatre heures pour nous promener au Bois avec un nouveau chapeau avec lequel je fais sensation mais à présent cela m’est égal. Je la trouve bien heureuse Mme Adam.
Je crois que vous, vous me connaissez assez pour comprendre l’influence qu’exercent sur ma pauvre tête toutes ces questions si vivantes. Il n’y a rien à faire en fait de fidélités anciennes... j’aime toujours les violettes mais uniquement comme fleurs. L’amour pour Paul de Cassagnac s’est évanoui avec le respect et si j’ai encore quelque faible pour lui à l’état de souvenir... ce sont sa tête, sa parole et la chevalerie toute confectionnée qu’il mettait à la disposition des consommateurs... Des banalités qu’on prend comme paroles d’Evangile. Je ne renie pas mon chevalier; je me l’explique. Je suis moins que rien, je n’existe pas pour les autres mais tout cela existe pour moi, vivant, attrayant et désespérant. Je pleure et je me moque de moi. Je passe à la République et à tous les hommes nouveaux et aux idées nouvelles.
Aujourd’hui me voilà empoignée par la « Revue nouvelle », qui sait si dans un moment donné je n’irais pas m’enthousiasmer pour le Prince Napoléon que du reste je préfère à Napoléon III et qui est vraiment quelqu’un. Non, vous comprenez bien que je me plaisante et que je suis aussi avancée qu’il est possible de l’être. Il faut marcher avec son temps surtout lorsqu’on en a réellement le désir et le besoin irrésistible. N’oubliez jamais ce que j’ai dit il y a longtemps: - « Cassagnac ou un autre peuvent me rendre bonapartiste ou autre chose, mais... » etc. Voilà pour ceux qui voudront me jeter à la face mon impérialisme, mes détracteurs enfin ! On dira que je suis l’Homme. Possible. J’ai suivi Cassagnac de là le peu de consistance de mon bonapartisme, mais qui est ce que je suis à présent ?
Ah ha ! N’est-ce pas une preuve de la pureté de mes convictions, convictions que je m’avoue et que j’avais avant sans me les avouer et sans me comprendre. Que diable on a été jeune et ignorante. Je ne fais que commencer à m’instruire et à me rendre compte de beaucoup de choses...
Qu’importe ! Je suis très malheureuse.