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Samedi, 26 octobre 1878
Ma peinture est beaucoup mieux et mon académie très bien. En outre, Robert-Fleury me promet de venir me voir chez moi et me donner des conseils pour ma sculpture que je m’en vais commencer sous peu de jours.
Il a jugé notre concours.
1. Breslau
2. Moi.
Bref je dois être contente, c’est gentil de se charger de moi pour la sculpture, n’est-ce pas. Je crois que Breslau l’adore en secret, elles l’adorent toutes un peu. Quant à moi, vous avez remarqué que je n’ai jamais dit s’il était jeune ou vieux, noir ou blanc.
Mais je m’en vais vous le dire. L’assez illustre Tony Robert-Fleury est fils du célèbre Robert-Fleury, membre de l’institut et doyen d’un tas de choses, ancien directeur de l’école de Rome.
Tony est un peintre tranquille, sage. Il dessine admirablement, compose bien, colore mal, peint pas mal, reçoit des médailles, Chevalier de la Légion d’Honneur, vend ses tableaux à l’Etat. « Massacre des Polonais », « Le Dr. Pinel à la Salpétrière », « Le dernier jour de Corinthe » etc. Peu de brio mais des connaissances solides, une réputation considérable et il enseigne parfaitement. Que voulez-vous de plus ? En outre âgé de quarante-deux ans n’en paraissant que trente-cinq, pâle, brun, barbe, yeux bleus. Des traits grands et fermes, épais même. Un peu poitrinaire, ce qui me dégoûte, (voir la Peau de chagrin de Balzac). Excellent caractère, manières douces et un peu railleuses mais cela tient à ce qu’il parle à des femmes dont beaucoup seraient furieuses d’être traitées comme des garçons. Mais il est très sévère pour le travail en général et il se croit obligé d’atténuer cette sévérité par des plaisanteries onctueuses et des sourires paternels. Ces femmes-là sont devant lui comme devant un vrai maître, et moi aussi, parce que je vois que le professeur. Dans les commencements Julian m’imposait aussi et je ne lui parlais pas sans rougir.
Ce matin comme Robert-Fleury me parlait dans le coin des cartons pour ma sculpture je l’écoutais comme un bébé, l’air ingénu, les joues changeant de couleur, les mains embarrassées.
Il ne pouvait s’empêcher que d’en sourire tout en parlant et moi aussi car je pensais que je sentais la violette fraîche, que mes cheveux naturellement ondulés secs et légers étaient délicieusement éclairés et que mes mains tenant je ne sais quoi avaient des poses amusantes.
Breslau dit que la façon dont mes mains touchent les objets est une beauté quoique je n’aie pas les mains classiquement belles.
Mais il faut être artiste pour démêler cette beauté, les bourgeois ou les gens du monde ne font pas attention à la façon dont on empoigne les objets et préféreront des mains potelées, et même grasses aux miennes. Il faut même être Breslau qui invente des choses pour paraître originale et profonde et qui n’est pas bien sûre elle-même.
Entre six heures et onze heures j’ai eu le temps de lire cinq journaux, deux livraisons de Duruy et... « Candide »., qui m’a dégoûtée.
Je crains que ces succès d’école ne me nuisent, je suis presque honteuse que cela marche bien et parce qu’on me dit: beaucoup mieux ou très bien, je ne sens ni la difficulté ni que j’avance.
Il me semble que suis une enfant et quand on le dit à Breslau il me semble qu’elle est une grande artiste.
Voilà ce qui devrait rassurer un peu.