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Jeudi 24 mai 1877
On a trop peu de deux yeux, ou bien il faut ne rien faire. La lecture et le dessin fatiguent énormément et le soir en écrivant ces malheureuses lignes j’ai sommeil. Ah ! le beau temps que la jeunesse, comme je me souviendrai avec bonheur de ces journées d’étude, d’art. Si je faisais ainsi toute l’année !... mais un jour, une semaine par hasard... Les natures !... auxquelles Dieu a tout donné s’usent à ne rien faire. Je tâche de me calmer en pensant que cet hiver, pour sûr, je me mettrai au travail, mais mes dix-huit ans me font rougir jusqu’aux oreilles, dix-huit ans, et qu’ai-je fait ? Rien. Cela anéantit. Je cherche parmi les célébrités ceux qui ont commencé tard pour me consoler, oui mais un homme à dix-huit ans ce n’est rien, tandis que la femme de dix-huit ans en aurait vingt-trois si elle était homme.Madame Anitchkoff et ses enfants viennent de partir, je suis seule et heureuse...
Aller vivre à Paris... dans le Nord, après ce beau soleil, ces nuits si pures et si douces ! Que peut-on désirer, que peut-on aimer après l’Italie ! Paris, le cœur du monde civilisé, de l’intelligence, de l’esprit, des modes, sans doute, on y va, on y reste, on s’y plaît, il faut même y aller pour... un tas de choses, pour retourner avec plus de plaisir dans le pays de Dieu, pays des bienheureux, pays enchanté, merveilleux, divin et dont tout ce qu’on peut dire n’égalera jamais la suprême beauté, le charme mystérieux ! On arrive en Italie et l’on se moque de ses bicoques, de ses lazzaroni, on a même beaucoup d’esprit en se moquant et l’on a souvent raison de se moquer, mais oubliez un instant que vous êtes une personne d’esprit et qu’il est fort amusant de se railler de tout, et vous serez comme moi en extase, pleurant et riant d’admiration... Rosalie veut me coucher, c’est toujours ainsi dans ce monde, mais un de ces jours je vous donnerai une traduction de notre Gogol qui vous expliquera ce que je tâche de dire.