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Lundi 12 juin 1876
J’ai fini les cheveux de Collignon, c’est vraiment très réussi, c’est la neuvième séance aujourd’hui. C’est la première fois que je fais une telle masse de cheveux. Elle en a de toutes les couleurs et aujourd’hui, comme exprès, toutes les mèches dorées étaient dessus de sorte que la teinte générale est splendide, chaude, dorée.De nouveau vers le soir j’étais toute prête à écrire en vers, tout aussi mauvais que ceux d’hier. Je pourrais en faire de bons en me dépêchant un peu moins. Mais j’ai la rage d’écrire en vers presque aussi vite qu’en prose. Vers le soir tout mon esprit se brouille et je répétai en moi-même involontairement : je l’aime, oui je l’aime. Puis il me semble que le duc de Hamilton était mort ; et bien, continua ma pensée, raison de plus pour aimer celui qui vit et lui raconter l’amour pour celui qui est mort.
dans la marge · Annotation de Marie
[annotation] Il m’est arrivé depuis, de dire bien des fois : je l’aime, c’est-à-dire de le penser. C’est un aveu qui ne s’adresse à personne, c’est le trop-plein de l’âme. Et comme Antonelli se trouve là tout près, on croit que tout cela est causé par lui.
Et alors j’eus une insurmontable envie de voir Antonelli et de l’aimer.. Puis je me suis rappelée quel homme il était et je ne pensai plus qu’à l’autre idée dominante : aller dans le monde. J’ai dix-sept ans, je suis jolie, frivole. Comprenez donc mon supplice. Ma tante me reconduisit chez moi et je ne pus retenir mes larmes, elle me promit un tas de choses. - Vous promettez pour que je me couche et reste tranquille ! Elle m’assurait au contraire que l’hiver prochain... Ma tête éclate quand je pense à ces éternelles promesses. Ah ! mon Dieu !
Ce matin je trouvai sur mon assiette une lettre. Le timbre portait une figure qui ressemblait au roi d’Italie, je rougis et mes doigts se mirent à trembler tant que je pris mon mouchoir pour me calmer.
Note des éditeurs
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dans la marge · Annotation de Marie
Combien de fois j’ai tremblé ainsi pour rien et, n’ayant aucun prétexte, ne l’ai jamais dit.
C’est Jeanne Bauduin, l’amie de Bade qui m’annonce son mariage. C’est bien de se souvenir. Quelles sales brutes que ces Sapogenikoff. Je les ai décrottées, civilisées, habillées, éduquées, le peu qu’elles savent elles le savent de moi, je leur apprenais autant que possible tout en bavardant. C’est pour cela peut être qu’elles ne m’aiment pas. Mais via !