Vendredi, 25 décembre 1874 Le diacre écrit de Paris qu'il a vu nos meubles, voilà ses propres paroles: J'ai été chez Duval et j'ai admiré son exposition faite exclusivement de vos meubles. De ma vie je n'ai rien vu de semblable, surtout le salon et la chambre. Tout Paris les admire et il y a foule devant cette exposition, beaucoup demandaient pour qui ? et Duval répondait: C'est pour une princesse autrichienne. Ils font constamment des dessins du lit et Duval dit même qu'il ne pensait pas qu'il pouvait être si brillant et produire un tel effet dans l'exécution. Oui, un beau mobilier ! Maman a lu cela devant la famille et Lubimoff, ce pauvre possédé depuis la mort de sa femme est un peu craqué. M'approchant d'elle je dis à demi-voix, il n'y a pas d'écrin assez beau pour un diamant, et je me mis à rire. Il fait [Rayé: un peu] moins froid et jusqu'à quatre heures je me suis promenée en robe blanche, sans pardessus. Furstenberg, l'homme au chapeau, est arrivé, sa tante ou sa sœur je ne sais, m'a vu au moment d'entrer chez la gantière, s'arrêta et arrêtant son frère ou son mari, je ne sais lequel, lui fit signe et tous deux me regardèrent de leurs méchants yeux effrontés. Hier j'ai passé une heure chez la vieille de Mouzay, la jeune m'a montré ses splendeurs toilettaires [sic] dont je louai avec extase ce qui je crois lui fit plaisir. Je me sens mécontente, pas un cavalier c'est désolant ! Maintenant je suis fâchée d'avoir dit que d'Audiffret est joli, et ne se soucie pas de moi. Et j'ai un tel caractère que je voudrais les voir tous à moi, non seulement ceux que je remarque. A dîner je me taisais et me forgeais un conte, je revoyais le duc, je lui disais mon amour en des termes d'enfer et de paradis et finissais d'une voix mourante: Je puis mourir maintenant, je vous ai revu. Mais si on savait combien je l'aime !!! Non, je ne l'aime plus, je l'adore, malgré qu'une femme aimant sa renommée, quand elle dit qu'elle aime, est sûre d'être aimée, malgré ces beaux vers, beaux et vrais, je dis que je l'aime. Mais à qui ? à moi-même, à personne d'autre au monde, donc je ne sors pas de ce principe, au contraire je le maintiens. Est-il bien sûr que je dirais que j'aime même en étant cent fois sûre d'être adorée ? Galula vint à la Promenade dire je ne sais quoi à propos du notaire Desforges et de papiers en règle. Quand je demandai ce que c'était il dit: - O Mademoiselle, pouvez-vous savoir ces choses-là, qu'avez-vous à vous inquiéter de notaires et papiers, vous ne devez rien en savoir. Il disait cela de l'air le plus aimable et souriait. Le soir j'appris que c'était la donation par laquelle je deviens propriétaire de la villa, sise à Nice, à la promenade des Anglais, 55, les deux maisons et trois mille mètres de terrain, écurie, et remise, ayant le gaz et l'eau de la compagnie, qui était signée et en règle. Bon ! me voilà propriétaire, est-ce amusant ! Sans compter que ma tante me lègue tous ses biens pour plus d'un million et demi de francs, son argenterie et ses bijoux, maman un bien près de Tcherniakovka qui peut valoir un peu plus de cent mille francs, et aussi son argenterie et ses diamants. N'est-ce pas que je suis riche ? Riche comme demoiselle, oui; comme femme mariée, non. Ah ! mais j'oublie le procès, ce joli petit procès qui sans parler de la diffamation peut m'enlever la fortune. Miséricorde, Dieu tout-puissant ! J'ai beaucoup de péchés, pardonnez-les. Faites que ce procès finisse en notre faveur et je Vous promets... j'allai promettre de ne pas poursuivre et punir nos ennemis, le puis-je ? Ce sera sans doute l'affaire de l'avocat, il poursuivra pour gagner davantage. Mais si je pourrais je ferais ce que je voulais commettre. Je ne sais rien, je ne suis sûre de rien et je crains que si j'empêchais la poursuite en cas de gain, je ne m'attirerais les reproches de tout le monde. Pardonnez-moi Mon Dieu ! Je vous promets, je vous prie de faire tout ce qu'il me sera possible de faire pour l'empêcher. Je parlerai, je prierai ! Mais seulement, soutenez-moi Mon Dieu et, si dans un moment de bonheur j'aurai l'infamie d'oublier la promesse faite dans un moment de malheur ou de doute, soutenez-moi et faites-moi souvenir de cette promesse. Non pour les apparences et pour la forme, mais véritablement du fond de mon cœur et de mon âme je ferai tout pour que l'on ne poursuive pas les gens qui nous font tant de mal ! Seulement faites-moi souvenir de cette promesse quitte à moi de devenir parjure et sacrilège ou de faire mon devoir. Grand Dieu au nom de la Sainte Vierge Marie, notre Sauveur, Votre fils, daignez m'entendre et me protéger ! H[is] G[race] t[he] D[uke] o[f] H[amilton]