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Vendredi 11 juillet 1873
Je me levais à neuf heures. Maman et ma tante vinrent et nous avons fait des plans sur le voyage. Voilà déjà la deuxième fois que maman mentionne G. Miloradovitch (en cet instant la petite glace tombe par terre, je suis mortellement effrayée; je n’ose pas la soulever, j’ai peur qu’elle est cassée. C’est un affreux présage. Mais, grâce au ciel, elle est entière).
Maman dit entre autre, *en passant:
- Si vous voyez Gritsia1 et Elisabeth Ivanovna saluez-les. Cajolez Gritsia, soyez avec lui aimables, gentilles.*
C’était dit au pluriel mais j’ai bien vu que c’est pour moi. Je confesse, que, en partant de la Russie (j’avais onze ans), ce Miloradovitch m’a fait la cour, mais nous étions enfants.
Il ne me plaisait pas une minute, au contraire, il me déplaisait un peu. Mais comme on m’a tant ennuyée, maman encore alors avait le même plan dans la tête, on m’a tellement dit que, tentée par ses richesses, j’ai eu la bêtise d’écrire sur un petit bout de papier que je voudrais l’épouser et encore quelques bêtises relativement à Berthe, Bade, Rémy etc. J’ai écrit cela après la première année à Bade. Eh bien, un jour on a trouvé ce papier et on m’a taquinée. J’étais au désespoir et j’ai prié Dieu de faire qu’on oublie cela et en effet on me laissa tranquille. Eh bien, depuis ce temps, maman s’imagine que j’étais amoureuse de Miloradovitch, que c’est si poétique, depuis l’enfance, un amour éternel etc. et. Et maintenant elle croit possible, sûr, le retour de ce prétendu amour.
Nous avons emballé presque tout.
Chez nous, il n’y a pas une minute de libre, depuis le matin jusqu’au soir des visites. Palajka a même remarqué très justement que :
- Ce ne sont pas invités, mais des permanents.
Toute la journée on reste chez nous, il ne manque plus que de dormir aussi chez nous. Mais tant mieux, tant mieux, comme je ne suis pas obligée de rester avec eux, tant mieux. Quand je serai grande, dame, je n’aurai pas toujours du monde sur le dos, car on aime quelquefois à être seule. Mais je ne dis pas que c’est mal chez nous.
Le soir on m’apporta ma robe blanche, elle est juste comme je la voulais, je suis très contente. Je suis sortie, il y avait quelque chose à y refaire et près de London House, nous vîmes tous les Swiss Times. M. Howard est arrivé de Vienne, « le choléra fait Voilà des nouvelles alarmantes, qui renversent tous mes plans. Je crois que nous attendrons. D’ailleurs, demain le parlement discutera la question, grande session.
Notes
N.d.É. : Gritsia est le diminutif russe de Grigory (Grégoire), prénom de Miloradovitch. ↩