Journal de Marie Bashkirtseff

Beau temps, un peu venteux. A la promenade, à pied d'abord puis en voiture quatre places, deux chevaux (robe noire soie et velours, chapeau neuf). Nous allâmes choisir un cadeau pour maman, demain sa fête. Dina a acheté un éventail très joli, cinquante francs, moi j'ai commandé un bouquet. Nous avons encore vu l'homme de Mlle Collignon, il n'a pas semblé la voir. Mais elle s'est presque trouvée mal. Si ça vaut la peine pour un squelette comme ça !
Le soir au Français (robe blanche, cheveux pendants, bien) "Cadet Roussel" une farce comme je n'en ai jamais vu, "La corde sensible", "Edgard et sa bonne". Au bénéfice de Fontaine, une jolie fille, pas bonne actrice, une des dernières. On lui donna une dizaine de bouquets. Tous les hommes y étaient. Le spectacle était drôle et bête au-dessus de toute description.
Je suis triste, je pense à lui, en rentrant on a parlé de l'exposition. Markevitch disait qu'à celle de Lyon, il y avait des choses splendides: des landaus etc. Je sens comment je serais enflammée à la vue de tout cela. Je voudrais tout acheter, je voudrais qu'on m'y connaisse, je voudrais être connue, commander quelque chose.