Journal de Marie Bashkirtseff

Vent. La fête de maman, je lui ai donné mon bouquet, elle est dans son lit. J'ai commencé à me coiffer, j'ai essayé trois coiffures, rien. Enfin c'est fait, puis m'habiller (robe en soie bleue, le tout n'était pas mal).
Je ne compte pas sortir, comme on a dit que nous aurions du monde (cochon) à dîner. Mais Mlle Collignon vint me chercher et ayant en un instant changé de robe (robe à Dina, chapeau vert, bien, cheveux demi-pendants). En fiacre. Nous nous sommes promenées puis j'ai dit d'aller au port, et j'ai dit en riant:
— Nous allons voir des yachts !
J'ai dit cela pour me moquer, mais la première chose que je vois, c'est un yacht à voiles, drapeau anglais et une couronne à peu près comme cela . Mademoiselle a dit:
— Ah ! voilà un yacht.
Elle a perdu sa voix, elle semble brisée, elle est plus douce et confuse.
— C'est un drapeau ducal.
— Non, c'est un baron.
— Ducal, je sais. Mais de qui cela peut être si c'est...
En ce moment Palajka entre et me dit Egor Stépanovitch est arrivé.
Avant je n'ai pas compris et je suis allée pleine d'étonnement chez maman où je l'ai réellement trouvé. Je suis très contente de le voir.
Pauvre homme ! voilà encore une vie brisée !
Je continue donc: - si c'est à lui ? Non, que viendrait-il faire maintenant à Nice ? Peut-être lui n'y est pas, mais le yacht en passant.
Je suis retournée et encore changé de robe, la robe violette avec mousseline. A dîner, nous, les deux Anitchkoff, Lefevre, Patton. Pendant le dîner Mme Anitchkoff se conduisait si mal ! Comme une paysanne, comme une brute, jetant des balles, essayant ses forces, etc. etc.
Je n'aime pas les gens comme cela, ça n'est rien, si l'on n'est pas spirituel, il faut savoir le bavardage du monde, si votre conversation n'offre rien d'agréable, soyez au moins une poupée à la mode avec des toilettes, des extravagances, etc. Mais quand on n'est rien, ni savant, ni mondain, ni homme d'intérieur, ni vain, ni rien du tout, c'est tout ce qu'il y a de plus bête. Après dîner, nous avons parlé moi et Markevitch, nous nous sommes assises au petit salon sombre et nous analysâmes la misère de monde que nous avions. Elle est assez gentille, intelligente. Puis nous avons parlé de nos goûts etc. Elle alla avec tout le monde, moi je ne sais où j'étais.
Puis on entering my room I saw Markevich lying on Dina's bed; I sat near her and we talked. She asked if I really write my journal Walitsky calls it in russian nuitnal instead of journal, because I write it on evenings. "It is very interesting said she to write a diary, it is so charming to read it years and years afterwards. There are moments in the life which one forgets, and if you write it, one day years and years after you may again live in the past and have all your life before you. You may see your opinions, feelings, change every year, you may compare what you have been and what your are !"
That is certainly true, but I cannot do it for a great reason, but which appears to everybody, nothing. It is the want of time. I shoul like to write my impressions, my opinions on people, but I cannot. I can scarcely tell, the things which are the nearest to me, and yet, en glissant...
[Page arrachée: think he will become a good man, had I him with me ]
Je crois que je prends trop sur moi, but with God's help, and trusting in His goodness, an insect may accomplish a great deed.