Journal de Marie Bashkirtseff

Brusquement, comme je passais dans le jardin public, je me suis trouvée face à face avec le duc.
Il m'a regardée et je l'ai regardé.
Dans mon esprit, je lui parlais ainsi:
- Maintenant que personne ne me voit, je vous parle, je voudrais vous faire comprendre par mon regard tout ce que je ressens pour vous.
Il me regarda encore avec une grande curiosité et s'en alla à pas lents, j'aurais pu le voir encore plus en me retournant, mais j'étais contente comme cela.
Quand il nous croisa en revenant, Hélène qui était avec moi, me dit:
- Tiens, voilà le duc de Hamilton ! On dirait un boucher !
Elle a beau dire, je crois qu'il lui plaît aussi !
Je sais par moi-même qu'on parle comme cela des hommes qui vous plaisent.
Je suis satisfaite de mes leçons de langue anglaise (commencées le 12 janvier 1872 à Nice, avec Mlle Collignon) (la langue italienne, 17 mars 1872 avec la Micaletti).

Notes

La comparaison du duc avec un boucher par Hélène offre un rare aperçu de la façon dont les autres le percevaient, en contraste frappant avec la vision idéalisée de Marie.
L'observation de Marie sur les gens qui dénigrent ceux qu'ils admirent secrètement témoigne d'une finesse psychologique remarquable pour son âge, bien qu'elle puisse refléter une retouche ultérieure ou une précocité naturelle.
Les études de langues de Marie avec Mlle Collignon (anglais) et la Micaletti (italien) reflètent à la fois son éducation privilégiée et son milieu cosmopolite. Sa satisfaction quant à ses progrès suggère qu'elle prenait ses études au sérieux malgré ses préoccupations sentimentales.