Thursday, 18 September 1884
I have seen Julian! I had missed him. But it has been so long since we have met that we have not a great deal to say to each other. He finds me with the look of one who has arrived — composed; there is only art, everything else is not worth dwelling on; apparently I feel myself on an indestructible pedestal and regard other mortals with condescension. He finds my drawing for the Figaro very good and regrets that I give it to an illustrated journal instead of making a painting of it… Bother.Jeudi 18 septembre 1884. J'ai vu Julian ! Il me manquait. Mais il y a si longtemps que nous nous sommes vus que nous n'avons pas grand chose à nous dire: Il me trouve l'air *arrivé* tranquille, il n'y a que l'art, le reste ne mérite pas qu'on s'y arrête; il paraît que je me sens sur un piédestal indestructible et que je regarde avec commisération les humains. Il trouve mon dessin pour le "Figaro" très bien et regrette que je le donne à un journal illustré au lieu d'en faire un tableau... Zut.
Il y a toute une famille autour de Jules, la mère et les filles, [Rayé: des femmes qui sont très ] elles restent là jusqu'à la fin mais ça a l'air de bonnes femmes très bavardes.
Ce monstre de Jules veut me soigner, il veut qu'en un mois je sois guérie de ma toux; il me boutonne ma jaquette et s'inquiète toujours si je suis bien couverte.
Enfin je suis un bon petit frere pour lui, cet après-midi je suis assez bien et je cause grâce surtout à ces bonnes dames et puis tiens voilà que j'oublie que cet animal de Bojidar est arrivé ce matin avec sa mère, il repart même ce soir pour Etretat pendant dix jours et sa chère maman va rester ces dix jours chez nous pour ne pas être seule, mais en réalité pour faire des économies.
Elle a pratiqué le système de dîner ici tous les jours depuis un an... et Bojidar qui dit aujoud'hui:
— Vous avez bien fait d'insister pour que maman reste, elle est si faconniere...
Faconniere... dans tous les cas je ne le suis pas, une fois qu'on a eu couché Jules tout le monde est venu s'asseoir autour du lit à gauche comme toujours, alors moi je suis allée me mettre à droite et sur le lit même en sorte que son rêve d'hier a été réalisé ou peu s'en faut; alors il a tourné le dos aux autres, s'est bien installé et s'est mis à causer très doucement, d'art.
On dirait que c'etait un caprice de malade. Oh ! mais rassurez-vous j'étais assise pudiquement les jambes par terre et les coudes dans le lit et la tête dans les mains écoutant avec une attention profonde. Et le reste de la société me rendait service en causant très fort.
Oui, certainement il a de l'amitié pour moi et même une amitié égoïste, comme je lui disais qu'à partir de demain j'allais travailler il me répond:
— Oh ! pas encore ! Il ne faut pas me lâcher-
Je l'aime beaucoup cet enfant.
Mais nom d'un chien où donc est, Mme Mac-Kay ?
Il faut m'observer devant les miens qui sont si betes ! Elles vont penser que je remplace Mme Mac-Kay dans le cœur de Jules. C'est insensé.