Diary of Marie Bashkirtseff

The sketch again, in the cab — it is uncomfortable, and Coco has sat down in my palette.

# Vendredi 15 août 1884

It requires a real effort for me to go to Bastien's.

Il me faut faire un vrai effort pour aller chez Bastien.

Each time I go I dress as if for a hundred people, and I even manage to look well by sheer force of will.

Chaque fois que j'y vais je m'habille comme pour cent personnes, et je parviens même à avoir bonne mine à force de volonté.

And what for? This morning I imagined that the architect is decidedly and seriously smitten with me. Yes, at times I am deeply convinced of it. I may be wrong. But what if it were true? What a mad... and unfortunate... thing. No, one cannot be mistaken like that — I am not mistaken, only it is something that pains me even while it pleases me. You understand?

Et à quoi bon ? Je me suis imaginée ce matin que l'architecte en tient décidément et sérieusement pour moi. Oui par moment j'en ai la profonde conviction. Je puis me tromper. Mais si c'était vrai pourtant ? Quelle chose insensée... et malheureuse... Non, on ne peut pas se tromper comme cela, je ne me trompe pas, seulement c'est une chose qui me fait de la peine tout en me faisant plaisir, vous comprenez ?

I am with him on the footing of a very friendly comradeship — I joke with him, I tease him, I play the child. But I am sure that if for ten minutes I adopted the manner one has with a man one likes and wishes to make speak...

Je suis avec lui sur le pied d'une camaraderie très amicale, je le blague, je le taquine, je fais l'enfant. Mais je suis sûre que si pendant dix minutes, j'affectais le maintien qu'on a avec un homme auquel on plait et qu'on veut faire parler...

But these are probably foolish fancies. Ah! it would be absurd!

Mais ce sont probablement des bêtises. Ah ! ce serait absurde !

I have come to dressing in the most refined toilettes to go to the rue Legendre. But each visit is accompanied by hesitations and doubts and... like a first encounter. And what for? And why? It is useless. He has known me for two years. And besides he is too superior, too... like me for me to please him. He has known me for two years. [But] my painting!

J'en suis donc à faire des toilettes de haut raffinement pour aller rue Legendre. Mais chaque visite est accompagnée d'hésitations et de doutes et... comme un début. Et à quoi bon ? Et pourquoi faire ? *C'est inutile.* Il me connaît depuis deux ans. Et puis il est trop supérieur, trop... comme moi pour que je lui plaise. Il me connaît depuis deux ans. [Mais] de mon tableau !

This being of a superior essence, this refined spirit, this artist of genius, this poet... And besides, he has known me for two years.

Cet être d'essence supérieure, ce raffiné, cet artiste de génie, ce poète... Et puis il me connaît depuis deux ans.

So it would have to be all of a sudden... no, never.

Ce serait donc que tout à coup... non, jamais.

His mother throws herself into my arms calling me her dear little Marie. There is company this evening. I at last have occasion to shake the hand of Baude, my engraver. Here again is an excellent nature like Emile — he comes home at half past six and finds there my aunt, Dina, and me.

Sa mère se jette dans mes bras en m'appelant sa chère petite Marie. Il y a du monde ce soir. J'ai enfin l'occasion de serrer la main de Baude mon graveur. Voilà encore une excellente nature comme Emile, celui-là rentre vers six heures et demie et puis trouve là, ma tante, Dina et moi.

Jules is very fond of my aunt. He says she is self-sacrifice and goodness in person. But actually, it is true. My aunt is far better than Maman and always sacrificed — always.

Jules aime beaucoup ma tante. Il dit que c'est l'abnégation et la bonté en personne. Mais au fait, c'est la vérité. Ma tante est bien meilleure que maman et toujours sacrifée, toujours.

He is better, and à propos of goodness knows what he says to me one of those pleasantries one says to everyone.

Il va mieux et il me dit à propos de je ne sais quoi une de ces amabilités qu'on dit à tout le monde.

— So you are going better, since you are so amiable?

— Vous allez donc mieux que vous êtes aimable ?

That makes everyone laugh.

Ça fait rire tout le monde.

— [Crossed out: Well then.]

— [Rayé: Eh bien.]

Emile has told him some jokes I made at home, thinking to embarrass me — so I put on airs and graces and then suddenly:

Emile lui a raconté des plaisanteries que j'ai faites à la maison croyant m'embarrasser, alors je fais des grâces et des mines et puis bruquement:

— Ah! you think I am afraid of you — just wait a little, and you shall see!..

— Ah ! vous croyez que j'ai peur de vous, attendez un peu, et vous verrez !..

— No! you would be insufferable if there were no one to keep you in check a little...

— Non ! vous seriez insupportable s'il n'y avait personne qui vous tienne un peu...

— Ah! how mistaken you are — I should be far better: gayer, kinder, more witty.

— Ah ! comme vous vous trompez, je serais bien mieux, plus gaie, plus gentille, plus spirituelle.

— But that is quite impossible.

— Mais cela est tout à fait impossible.

It is Jules who said it — it is a commonplace, but...

C'est Jules qui l'a dit, c'est une banalité mais...

— Well, if you are very good, I shall tell you about my painting!

— Eh bien si vous êtes bien sage, je vous parlerai de mon tableau !

— Ah!!!

— Ah !!!

And he settles himself in bed to listen properly — and I sit close beside him, my elbows on the cover, almost touching him.

Et il s'installe dans son lit pour bien écouter et moi assise tout près, les coudes sur la couverture, le touchant presque.

After all it is only a matter of the practical way to make a street sketch — he reassures me about the difficulties. I look as if I am making confession, eye to eye.

Il n'est du reste question que de la façon pratique de faire une esquisse dans la rue, il me rassure sur les difficultés. J'ai l'air de me confesser, les yeux dans les yeux.

What for? He has known me for two years. And besides [word crossed out:] Never.

A quoi bon ? Il me connaît depuis deux ans. Et puis [Mot rayé:] Jamais.

As I crossed the room, his mother caught me and kissed me almost by force — I looked at him laughing, and he laughed too, looking very kind.

Comme je traversais la chambre, sa mère m'a attrappée et m'a embrassée comme de force, je le regardais en riant et il riait aussi, l'air très bon.

But he has known me for two years.

Mais il me connaît depuis deux ans.

Never. Never. Never. It cannot happen.

Jamais. Jamais. Jamais. Ça ne peut pas arriver.

How can one expect a thing one has been thinking about for a long time and desires to happen all of a sudden like that... Above all when one has been working at it!... I believe so little in logical results... They always misfire. If at least I had neither thought nor written about it — but after so much... Oh! no, never. After all, he has been seeing me for two years. With the other... I saw at once what the matter was. And so did others. But this one. Come now, it is quite impossible. If only because I cannot hear well. Can you think of anything more cruel?

Comment voulez-vous qu'une chose à laquelle je pense depuis longtemps et que je désire arrive tout d'un coup comme ça... Surtout que j'y ai travaillé !... Je crois si peu aux résultats logiques... Ça rate toujours. Si encore j'en avais ni pensé, ni écrit mais après tant de... Oh ! non jamais. Enfin il me voit depuis deux ans. Avec l'autre... J'ai tout de suite vu ce qui en était. Et d'autres aussi. Mais celui-là. Voyons, c'est tout à fait impossible. Quand cela ne serait que parce que je n'entends pas bien. Connaissez-vous rien de plus cruel ?

Oh! absolutely impossible. And it will never be. And on what grounds? We are warm-hearted people, I have a little talent, he is very fond of us. And that is quite enough.

Oh ! absolument impossible. Et ce ne sera jamais. Et à quel propos ? Nous sommes des gens de cœur, moi j'ai un peu de talent, il nous aime beaucoup. Et c'est bien assez.

Oh! no. One must tell oneself clearly... because it is the truth, that it cannot happen. No. No. No.

Oh ! non. Il faut bien se le dire... parce que c'est la vérité, que ça ne peut pas arriver. Non. Non. Non.

My spectator-self has just re-read the gibberish of my author-self. My spectator-self is perfectly indifferent — but it is quite willing for me to amuse myself in this way...

Moi spectateur vient de relire le charabia de moi-auteur. Moi-spectateur est parfaitement indifférent mais il veut bien que je m'amuse dans cette voie...