Friday, 8 August 1884
I have just come back. Ah! but it is because the architect came this morning at nine o'clock — I called him a pig, after which things were arranged and we went there for luncheon.# Vendredi 8 août 1884
J'ai tellement peur de ne pas plaire qu'il faut qu'on vienne me chercher... Oui et Emile craignait que Jules ne demande pourquoi je ne viens pas et s'il devinait que je me considère comme blessée; en sa qualité de malade il tomberait sur Emile...
Ah ! Bon, n'oublions pas ce pauvre Bojidar, il est à Gastein avec toute sa famille, son père est mort avant-hier.
Et Jules est bien faible par ces chaleurs surtout, pauvre chien.
Maintenant ils sont tout à fait comme je veux, nous sommes en confiance; nous irons passez quinze jours à Damvillers sitôt qu'il sera guéri. A déjeuner je suis à côté de lui.
— Servez-moi.
— Avec plaisir.
— Mais pas d'éclaboussures.
— Oh ! non !
Et j'ai presque renversé le plat.
Oui, et avant, Emile a dit que son frère était très gâté, très difficile dans ces relations mais que vraiment nous... Enfin des choses les plus délicatement flatteuses, venues du cœur et non de la politesse convenue. Oui.
Après déjeuner, il a été dormir à l'atelier puis il est revenu et a demandé à maman de lui couper encore les cheveux. Ce qui fut fait pendant que je cousais le poignet d'une chemise de foulard que lui fait sa mère. Me voyez-vous assise à la fenêtre et travaillant à l'aiguille ? Il me regarde et sourit plusieurs fois.
Emile a des commandes, il est parti après déjeuner travailler à son panneau [Mots noircis] pour un M. Klotz, un panneau au-dessus d'une cheminée M.K. Un bel hôtel, M.K. Klotz. Ce ne serait donc pas Mackay ??
Ma tante est venue nous prendre et nous la laissons la tête dans les mains. Ce qui devrait donner tout de suite une idée de son caractère c'est la façon de serrer la main. C'est franc , chaud, *entier,* bon, et il serre assez fort mais sans brusquerie, ni froissement.
Alors tout va bien ?
Excepté... comme nous sortions est arrivé une femme avec un bouquet, elle a ôté son chapeau en habituée. Et je me figure que c'est la femme de chambre de Mme Mackay qui vient s'en entretenir et qu'elle vient peut-être tous les jours l'amuser d'histoires sentimentales comme en savent les suivantes de ces gueuses. Ce n'est peut-être pas ça du tout. Mais je voudrais bien, bien, bien savoir où ça en est.
[En travers: C'était une amie de la mère.] Quant à moi fatiguée par ce temps orageux et chaud je lâche mon tableau et m'endors sur un divan. Quitte à reprendre demain.
Quel bonheur d'être les amis de Jules ! C'est bien vrai au moins ?
- Il y a au moins quinze jours que je ne vous ai vue ! m'a-t-il dit.
Il se sert de l'oreiller.
Oui, nous sommes des gens qu'il aime bien. Emile qui est son écho fidèle, le dit à moi en parlant de nous: croyez-vous qu'il y en a beaucoup comme ça, mais savez-vous bien que je n'en connais pas beaucoup moi, mais non. Ah ! mais non.
Oui, c'est bien. Mais dans tout cela il n'y a rien pour moi.
Pourvu que je ne le laisse pas voir aux miens qui auront l'air bête et feront mille maladresses pour me persuader qu'il s'occupe uniquement de moi.
Et pourquoi ?
Ces dames sont.. Elles parlent de la Mackay comme d'une chose éternelle pour ne pas me donner de faux espoirs. Tout ça sans se l'avouer à elles-mêmes bien entendu.
Il ne faut pas non plus que j'aie l'air content. Une initiale... un mot me bouleversent les idées et ce serait trop bête de le laisser voir. Il faut se mettre en mesure pou pouvoir dire: *mais, je l'ai toujours su. Croyez-vous donc qu'ils fussent séparés ?*
Une fois guéri nous redevenons rien, des gens qu'on voit deux fois par mois. Il faut s'y préparer.