Tuesday, 5 August 1884
Oh! the countryside around Paris! And on the Versailles line at that!! The wretched little gardens, the green lawns and the hideous pot of red geraniums.# Mardi 5 août 1884
La vallée de la Bièvre avec son chemin de fer, ses arbres taillés, ses chemins tracés, nature administrative et officielle 1! Oh ! Et les Canrobert avec leur chasse aux Mallet. Les Mallet sont les riches banquiers protestants qui passent leur été dans leur château de l'abominable vallée de la Bièvre. Il sont très nombreux il y en a des vieux et des jeunes, des grands-pères et des célibataires.
C'est comme des Rothschild en petit, Oscar Mallet, Anatole Mallet, Cucufa Mallet, Chrisostome Mallet, est-ce que je sais ! Il y a donc un des Mallet qui a une fille nommé Noémie et Noémie a un frère. Et on s'occupe énormément de Noémie. Et on le dissimule au brave maréchal qui ne sait que ce qu'on veut bien lui crier. Hier justement, il s'est passé quelque chose d'assez drôle à propos d'une lettre de Noémie... Mais ça manque d'intérêt. Je suis ravie de partir, * ces gens me fatiguent avec leur sollicitude, j'aime tousser en liberté, avoir mauvaise mine quand cela me plait...
Et puis voulez-vous que je dise ? Claire ne peut pas m'aimer, elle sait que je fais sa peinture et ma tranquille ironie quand elle me pousse ne lui échappe point. Elle a déjà été presque impertinente et agaçante cherchait à m'embrouiller dans la discussion. Mais je la laisse aller et quand elle fait un - Ah ! de triomphe, je remets les choses à leur place en ajoutant que je ne veux pas discuter, "c'est fatigant et à quoi bon ?"
Mais au fond, ces vélléités d'insolence me fâchent.
Ah ! j'ai passé huit jours bien embêtants. Se montrer fatiguée, mal entrain, mauvaise mine, toussant, à des étrangers ce n'est pas drôle. Et sous prétexte d'amitié ils vont causer de tout ça...
Donc je suis partie avec joie mais à la maison il y a une grosse surprise.
Ma tante est arrivée.
Elle est arrivée parce qu'elle s'ennuyait là-bas et elle n'a rien arrangé.
Elle n'a rien arrangé.
Je ne vous redirai pas les choses abominables que j'ai criées pendant deux heures à ces femmes. Non, il est impossible de se faire une idée des infamies que je leur ai lancées au visage.
Et en somme c'est très ennuyeux. Cette pauvre tante est venue à ma rencontre avec un petit carlin joli comme un ange. Un petit chien de trois semaines ou un mois, adorable. Mais aussi pourquoi faire des choses pareilles.
Elles me tueront.
C'est à devenir fou et j'en suis tellement excédée que je ne puis même pas en parler ni me plaindre.
Après cette scène abominable, mais à qui la faute...
C'est si fatigant de crier et de se mettre en fureur... Et ces canailles se disent que - "elle se calmera demain."
Et comme certainement je n'aurai pas la force de recommencer demain, je deviendrai enragée pour de bon, sérieusement enragée, enragée à la lettre.
Et ces Canrobert ! Cette maréchale si anglaisement [sic] admirable, avec cette pointe de sottise de chèvre qu'on ne trouve qu'aux Anglaises.
Et Claire avec sa taille en croissant, un vrai croissant vu de profil, quand elle est [Mots noircis] assise ça en est même désagréable ! Et puis cette vie des alentours de Paris, les noms des promenades et des routes. "Aujourd'hui nous irons dans les bois de Meudon, puis c'est les étangs de Chaville, ou encore les..." C'est agaçant.
Pourquoi, je n'en sais rien, mais c'est agaçant. La maréchale qui cultive ses fleurs... Elles sont superbes, mais la maréchale a la tête trop longue et trop grande pour avoir de la grâce. Louis est le plus gentil gamin de douze ans qu'on puisse voir. Mais Claire avec sa tête ronde, ses cheveux de japonaise coiffés à la japonaise et sa myopie; des yeux comme troués, sans rien autour comme chez les bébés. Et des plaisanteries anglaises, fatiguer les gens en raisonnant avec la plus extrême rigueur sur des niaiseries. Et surtout cet esprit des *jeunes filles intelligentes.* C'est fatigant, c'est fatigant, c'est fatigant. Je crois que je l'ai fait voir.
Enfin.
Et à la maison !!!
Ah ! Misère !
Oh ! La campagne !
Et les chambres trop petites, les lavabos insuffisants, les fenêtres trop petites, les petits escaliers sentant des choses... de campagne, la peinture ou le moisi. Et les vases de géraniums ! La pelouse verte, le jardin français ! Sur la route, avec le sifflet du chemin de fer, des usines. C'est la campagne !
Jamais, jamais, jamais.