Thursday, 24 July 1884
I am ill from it and cannot work. So we go to the Bois. A white wool dress — the first white dress since mourning. Oh! fine, supple white wool draping the body in adorable folds. Nothing is more seductive, more graceful, more artistic.# Jeudi 24 juillet 1884
Et en cas de fraîcheur une veste en velours gris à côtes.
De sorte que Lachaud que nous rencontrons au Pré Catalan a dû me trouver très chic.
Dina et maman insistent pour aller rue Legendre, je consens à ce qu'on arrête devant la porte et que Bojidar aille demander des nouvelles. Mais comme nous arrivions Emile et sa mère rentraient également, Emile me force à descendre de voiture mais comme je faisais encore des façons devant l'escalier lui et Bojidar forment un siège de leurs mains entrelacées et me portent jusque devant le lit où Jules est couché.
Voyez-vous cette entrée.
Il me fallait cette douce violence, car Tony m'a encore refroidie hier, il est venu remercier pour mes félicitations à l'occasion de sa rosette d'officier. Oui, mes amis Tony est officier et Bastien ne l'est pas. Donc il est venu et en parlant de Bastien il a dit que c'est un finaud, un roublard, un garçon adroit qui sait tirer partie de tout. Qu'li n'a rien de sincère. Chez qui tout est calculé et qui ne s'écarte jamais d'une ligne des chemins qu'il s'est tracé... Enfin tout ce que j'en pense quelquefois, quand je le trouve froid. Quoiqu'il en soit cet être intéressant est couché sur son grand lit et enveloppé d'une couverture de soie bleue pâle, ce qui va bien avec la peluche rouge foncée qui recouvre l'estrade. Car le lit de ce peintre est posé sur une estrade. Mais le tout est extrêmement bas et fait très bien, sans rideaux.
Nous nous asseyons sur l'estrade qui est comme une marche très basse autour du lit, moi à la tête, sa mère aux pieds... Les autres sur les meubles.
Mais il est très intéressant comme ça ! La chemise de foulard, la couverture bleue, la chambre si artistement et si simplement arrangée.
Il a fallu lui dire mon tableau, il m'a donné quelques conseils, des choses que je sais mais que j'écoute avec respect. Et puis il n'est pas ce que dit Tony, pour les autres peut-être, mais ici, comme ça, c'est comme un proche parent qui ne pose pas et ne pense pas à poser, de sorte que je commence à croire qu'il finira bien pas avoir de l'amitié pour nous mais je le désire tant que je n'y croirais que lorsque ça crèvera les yeux, tout en faisant des cas énormes d'une parole dite, d'une voix amie ou d'un regard ouvert.
Mais voilà que je vais voir le paysage d'Emile à l'atelier et maman arrive en larmes. Il a dit: "si je ne puis être guéri, je voudrais au moins ne pas tant souffrir," et il s'est mis à pleurer...
Il a pleuré !
Je suis redescendue tout de suite pour raconter je ne sais quoi, toutes sortes d'histoires sur moi, la peinture... Pauvre enfant il sourit mais ce n'est pas ça qui lui fera oublier où il a mal. La mère m'écoute, très contente de la diversion; elle m'a embrassée très fort lorsque nous nous en allions. Et j'ai envoyé à Jules un baiser de loin, qu'il m'a rendu de même.
Nous emmenons Emile dîner chez nous, cet admirable frère avait envie de venir et voulait rester [Rayé et noirci: enfin]
Seulement c'est Bojidar qui m'agace ce soir. Il est menteur vous le savez ô mon Dieu.
Ce qu'il a raconté de choses à l'architecte ! D'abord nous sommes restés de sept heures à minuit et demie à table. Et ce Bojidar en question n'a pas tarit. Il a un toupet ! Il raconte à moi des choses que je sais et arrangées à sa façon ! Maintenant il a connu Gambetta !!!! Et trente-six autres bourdes... Oh ! j'en étais crispée car comme il se vante de tout cela c'est se faire un ennemi mortel... Et puis il est impossible de démentir à chaque instant. Il le fait avec un si infernal aplomb que c'est comme un défi, il croit que honteuse pour lui je ne le démentirai pas et il ne se trompe pas tout à fait.
J'ai fait sortir Emile dans l'antichambre pour le lui dire, ce brave garçon gobait tout; et puis en somme c'est dangereux après tout. S'il plaît à Bojidar de raconter des choses énormes de nous, il le croira, intime comme il est. Et Jules le croira !
Oh ! mais je vais arrêter ça moi. Cet intrigant va se faufiler chez Jules, un petit jeune homme enthousiaste, il s'est bien introduit chez Sarah en lui racontant que lorsque ses parents l'ont mené à l'Odéon voir "Le passant", il s'était évanoui. A l'âge de douze ans ! Quelle canaille.