Saturday, 29 March 1884
The Vicomtesse Pernetti has brought with her Mlle de Castrone, daughter of the Marquise de Castrone known as Marchesi1 — the celebrated singing teacher, the foremost in Europe. This very forward young lady asks to see my studio, and we go there, along with the Turk Missak, who is musician, sculptor, agreeable as all the diplomats I have known; the young lady sings very well, which leads me to... never mind, I am numb. We go to the Italiens this evening; the gentlemen are: Alexis, Saint-Amand, little Sautereau, Julian, Moraes. They give Lucia2 and Gayarré sings... This music is divine and will never age, for it has no stamp of fashion, no tendency save that of expressing sentiments such as love, hatred, sorrow. And these are eternal sentiments — there is still nothing else. Melodrama, you will say — I don't care, provided I am moved. And I am moved when Edouard appears at the top of the steps.# Samedi 29 mars 1884
Quant au moment où ayant déchiré le contrat il éclate en imprécations, c'est affolant. Quelques petits gommeux disent que Gayarre chante du nez et crie. Tas de crétins. Il est vrai que cet homme a une voix miraculeuse et qu'on ne pense ni à la science ni aux méthodes en l'écoutant; il chante comme un chanteur des cours qui aurait un cœur d'artiste. Il nuance et exprime et joue en chantant. Et dans le sextuor lorsqu'il dit: si ingrata, t'amo, t'amo ancora, c'est absolument admirable. Et on l'entend seul malgré les cris des autres.
Un acteur parfait ne le dirait pas ainsi car chez Gayarre c'est vrai, c'est naturel, humain et commun par conséquent à tous les peuples et à toutes les classes.
Dans l'impression des sentiments *absolument* sincères, il n'y a que la nature humaine, habitudes, éducation, tout disparaît et dans ces moments-là... Shakespeare l'a compris et Shakespeare est grand parce qu'il n'est ni Anglais, ni aristocrate, ni plébéien et d'aucune époque. Mais éternellement vrai comme la haine, la douleur, l'amour... et le désir d'être placé sur la cimaise au Salon.
Car enfin j'ai le n° 3 comme l'année dernière. C'est raide.
Il paraît que j'ai eu tant de voix pour le n° 2 qu'on a cru que je l'avais mais vérification faite. C'est un coup considérable et de ce coup s'écroulent toutes les espérances.
D'autant plus que j'étais mal soutenue, il y avait Boulanger, Tony, Lefèbvre... C'est donc que mon tableau est mauvais... Alors comment se fait-il que des choses inférieures notoirement aient eu des n° 2 ? On se perd en conjectures et je voudrais croire à l'injustice...
Par moments je crois qu'on a été très injuste et alors c'est un dégoût affreux et j'ai horreur de faire des démarches pour obtenir ce qui *m'est dû.* Et puis je crois à mon infériorité et alors j'ai honte de demander des faveurs...
Puisque mon tableau ne s'impose pas...
Ces sentiments très dignes se traduisent par des lettres à tout le monde, Gervex, Carolus, etc. etc.
Enfin c'est affreux !