Thursday, 13 December 1883
All day, Bojidar poses.Seated before a pink Japanese screen, sucking his cane and laughing barely, three-quarters face. In evening dress and white cravat. By gaslight — I place him in a dark corner lit by gas, while I have daylight on me; it is very convenient but very difficult.
[In the margin: I am also making a drawing like the other evening — anyone at all: a model, an amateur, the devil.]
All these heads are life-size, the shoulders visible; in Bojidar's case there is a gloved hand holding the cane. It is rather amusing, and besides I enjoy painting a head a day... it broadens one's handling...
But I frequently have a fever — it is the chest that is the cause... I feel clearly that it is advancing little by little... These illnesses cannot be cured... Here is the regimen to follow: vegetative life, no mental occupation; eat and sleep a great deal. And other such rubbish. Impossible things!
I do everything I can and it is not enough... If only it lasts at least ten years... Ten years is so little.
Well then — here I am consumptive... Ah! If only it could be merely imagination!
I am not stupid enough to make a show of it... I am convinced I am ill... and I am wholly devastated by it.
Toute la journée, Bojidar pose. Assis devant un paravent japonais rose, suçant sa canne et riant à peine de trois quarts. En habit et cravate blanche. Eclairé au gaz, je le place dans un coin noir éclairé au gaz et moi avec la lumière du jour, c'est très commode mais très difficile. [Dans la marge: Je fais aussi un dessin comme l'autre soir, n'importe qui, un modèle, un amateur, le diable.] Toutes ces têtes sont grandeur nature, on voit les épaules, chez Bojidar il y a une main gantée qui tient la canne. C'est assez drôle et puis ça m'amuse de peindre une tête par jour... ça élargi la facture... Mais j'ai souvent la fièvre, c'est la poitrine qui en est cause... Je sens bien que ça avance petit à petit... On ne peut pas guérir ces maladies-là... Voici le régime à suivre. Vie végétative, aucune préoccupation; manger et dormir beaucoup. Et d'autres saletés. Des choses impossibles ! Je fais tout ce que je peux et ce n'est pas assez... Pourvu que ça dure une dizaine d'années seulement... C'est bien peu dix ans. Enfin me voilà poitrinaire... Ah ! Si ça pouvait n'être que dans mon imagination ! Je ne suis pas assez bête pour poser avec ça... Je suis convaincue que je suis malade... et j'en suis tout à fait désolée.