Tuesday, 18 September 1883
Maman arrived this morning. She has spent a month in Petersburg scheming to obtain… It is Madame Doubelt again, sister of Princess Souvoroff, who has been most useful to her. She introduced Maman to the Metropolitan (our pope, more or less), who gave her a letter for Prince Orloff, the ambassador to Paris. That is the key document. [Crossed out: And thanks to the Doubelt] the letter should be a good one, for the holy father has been bound for years to Madame Basilewsky (Madame Doubelt's mother) by a friendship said to be criminal.# Mardi 18 septembre 1883
Mme Basilewsky est archi-millionnaire, elle a soixante et onze ans et le Métropolite en a quatre-vingt-quatre, il s'appelle Isidore.
Du reste le haut clergé de Russie ne peut se comparer qu'aux cardinaux romains comme amabilité, ils sont moins chics peut-être et encore...
Les prêtres ordinaires jusqu'aux archiprêtres, ça se marie. Mais les grands dignitaires se recrutent parmi les moines.
Les plus grandes dames et souvent les plus riches les adorent.
Maman a aussi été chez l'Archimandrite Ignace, le fameux supérieur du célèbre couvent de Saint-Serge. Celui-là ancien peintre et peintre encore maintenant de même qu'architecte et écrivain m'envoie son portrait, avec ces mots: [Mots noircis: Que la bénédiction] de Dieu descende sur vos travaux.
J'accepte. En somme ce n'est pas lui qui bénit mais Dieu, et c'est un vieillard qui appelle sur moi la bénédiction de Dieu. Ça me portera peut-être bonheur.
Maman a encore vu bien des gens mais comme je ne vois ni intérêt ni utilité... La lettre du Métropolite devrait porter ce me semble. Enfin, on verra.
Et puis mille papotages sans consistance sur la campagne, les intrigues d'héritages etc. etc. etc.
Il paraît que la presse russe en s'occupant de moi a fait que tout le monde s'est occupé un peu de moi et entre autres la grande duchesse Catherine, maman s'est liée avec son grand chambellan et sa femme. Ça pourrait conduire à une nomination de fille d'honneur, car le chambellan est aimé de la grande duchesse. Quoi encore.
Elle est restée là presque sans argent, j'écrivais tous les jours: sacrifiez trente mille francs et je serai demoiselle d'honneur. Flûte ! On [ne m'écoute] jamais et sans la Doubelt on n'aurait rien. C'est vraiment malheureux d'avoir une famille pareille.
Et ça dit ne vivre que pour moi ! Juste ciel. Enfin tout a été dit sur ce sujet.
Saisissant un prétexte de deux sous, elle a tout laissé inachevé et est revenue ici.
— Je m'ennuyais trop.
On ne s'en fera jamais une idée. Et c'est moi la victime.
Des mots, des mots, des mots.
Et *jamais rien de plus.*
Aller à Pétersbourg sans argent et passer son temps en conversations sans consistance...
Enfin c'est une folle et j'avais bien tort de croire que ma santé, mes larmes, mes lettres, mes chagrins... Pourvu qu'il n'y ait pas de courants d'air et que je mange à table. Ces femmes ne voient pas au delà. Elles ne comprennent rien de la vie.
Mais à un point insensé et lorsqu'il s'agira de me marier je ne le pourrai pas. Il faudrait *m'établir,* m'arranger une maison tout. Ah ! Bien oui ! Si un prince charmant se présente tout ira bien, mais un mariage parisien pratique, commode. Un hôtel, des rentes... Et ça uniquement parce qu'il faudra faire comme tout le monde et penser à des choses sérieuses. Elles ne comprennent pas.
Elles sont stupides, elles sont butées, elles sont sauvages.
La grande réponse, tout ne se fait pas en un jour et lorsque les choses traînent dix ans elles sont ennuyées qu'on leur en parle, ça dérange leur quiétude; *que ça traîne* pourvu de ne pas avoir à déployer la moindre énergie.
Moi j'aimerais mieux des infamies, des crimes, de la mauvaise conduite !
Mais cette stupidité calme me tuera.