Monday, 20 August 1883
Saint-Amand dines. I detest him and say things to make him understand that this marriage is not possible.# Lundi 20 août 1883
Si vous saviez ce que c'est vil... Il étudie mes manies et s'y conforme.
Où vouiez-vous qu'il trouve une autre excentrique pour un mariage pareil ?
Aussi... Et pour lui c'est le confort, un bel hôtel, une voiture, un salon...
Ce soir je lui demande tout carrément quels avantages trouverai-je bien à vous épouser ?
Rêvez-vous ? Je ferai un mariage d'amour ou si non... *Vous...* M. Récamier, M. de Girardin etc. Voilà l'avantage.
Mais soyez tranquille tout se passera proprement.
Si je vous épousais ce serait pour être libre, tranquille, travailler, recevoir, voyager avec cinq ou six personnes aimables, et si... cela devait arriver ce ne serait qu'au profit d'une grande passion idéale, c'est là le but de la vie...
— Et vous me tromperiez...
— Puisque vous n'en saurez rien et que vous y consentez d'avance ! Entre gens d'esprit on s'arrange... Seulement tout ça ne me décide pas encore...
Je ne vois pas assez d'avantages dans cette union... le seul c'est de vous tromper mais... Car il est convenu n'est-ce pas que c'est un mariage *de raison,* compris ? Séparation éternelle à l'amiable, convenances, apparences etc. sauvées. Du reste vous serez dans la confidence, vous serez un père en retour, vous aurez un intérieur exquis (un salon à la mode). Au moins... Mais je le découvrirai bien, je suis malin...
— Pas plus que moi et puis à quoi bon ? C'est convenu d'avance ! Je ne vous épouserais que pour être bien sûre que l'homme qui m'aimera n'aimera pas ma dot... Du reste, non, un mariage d'amour.
— Il n'y en a pas.
— Il n'y a pas de grand amour sur la terre ?
— Non.
— Ah ! bien par exemple, Saint-Amand, alors c'est vous qu'il faut épouser ?
— Mais oui.
— Et chercher une passion après ?
— C'est plus facile.
— C'est possible.
Qu'en dites-vous ? Il est pas mal cynique quoique tout cela soit dit comme des enfantillages...
Je chante, [Mots noircis: la brume] entre par la grande fenêtre de l'atelier, il fait beau... On doit pouvoir être heureux. Oui, si l'on a la chance d'être amoureuse... amoureuse de qui ? De Jules... Non, c'est lui qui doit l'être de moi...
Si j'épousai Saint-Amand-Récamier-Girardin... Ce serait tout de même drôle...
Mais... la seule chose qui m'arrête c'est ce qu'on dira. On ne comprendra jamais pourquoi ayant de la fortune je fais une *folie pareille.* On cherchera des motifs infâmes... S'il n'y avait pas cette crainte ce serait trop beau... Saint-Amand a dit à ma tante que Mme Cartwright est folle de moi, à des passions pour des femmes et comme je dis très innocemment que voilà qui n'est ni dangereux, ni compromettant, cet imbécile admire ma naïveté et cligne de l'œil à ma tante.
— Elle ne comprend pas, Dieu que je suis heureux de la voir ainsi !
— Mais vous vous trompez Saint-Amand, je comprends très bien et la preuve c'est que vous me poussez une charge, vous vous imaginez que je suis assez bête pour croire que sérieusement on peut être amoureuse d'une femme...
[Mots noircis: Je ne suis] pas si innocente que vous croyez, je sais tout vous entendez ? Et je vois aussi quand on veut se moquer de moi !!
Ravissement prolongé de Saint-Amand. Enfin il est sale cet homme, il dit des horreurs... Il parait que ce vice est à la mode. Fi.
Que je regrette donc Mon Dieu de savoir cela ! Il y a deux ans le même Saint-Amand lorsque nous allions au Mont-Dore, nous a prévenus de ne pas causer avec la Nillsson qui se croit un homme parait-il... Fi ! C'est non seulement honteux mais cela me parait surtout ridicule... bête. Je regrette d'avoir deviné de tels mystères, on en a parlé il y a des années devant moi à propos de la princesse Souvoroff et j'avais compris alors.
Ainsi lorsque j'ai vu Breslau avec son amie Maria...
Enfin, je regrette beaucoup d'avoir compris, c'est une saleté inutile à savoir, une terreur en plus, je souffre bien assez des choses que je m'imagine qu'on dit... Non, épousez Saint-Amand est impossible hélas !...