Diary of Marie Bashkirtseff

I had a series of ill-omened dreams that were to presage something dreadful. It has come — I believe at least that this is it, though it is a misfortune foreseen and to which I have in a way grown accustomed; but what still more dreadful thing will happen if it is not this? I went to see a great doctor, a hospital surgeon1 — unknown and modest, so that he would not deceive me. Oh, he is not an agreeable gentleman. He told me it very simply. I shall never be cured. But my condition may improve satisfactorily, so that the deafness will be bearable — it already is; it will be more so, apparently. But if I do not follow rigorously the treatment he prescribes, it will increase. He also directs me to a junior doctor who will follow my case for two months, as he himself does not have time to see me twice a week, which is necessary. For the first time I had the courage to say:

J'ai fait une série de rêves néfastes qui devaient présager quelque chose d'affreux. C'est arrivé, je crois du moins que c'est cela bien que ce soit un malheur prévu et auquel je me suis habituée en quelque sorte, mais quoi de plus affreux encore va arriver si ce n'est pas cela ? Je suis allée chez un grand docteur, un chirurgien des hôpitaux; inconnue et modeste, pour qu'il ne me trompe pas. Oh ! ce n'est pas un monsieur aimable. Il m'a dit cela très simplement. *Je ne guérirai jamais.* Mais mon état peut s'améliorer d'une façon satisfaisante, de sorte que ce sera une surdité supportable, elle l'est déjà, elle le sera davantage à ce qu'il paraît. Mais si je ne suis pas rigoureusement le traitement qu'il m'indique ça augmentera. Il m'indique aussi un petit médecin qui me surveillera pendant deux mois, car il n'a pas le temps lui-même de me voir deux fois par semaine comme cela est nécessaire. J'ai eu pour la première fois le courage de dire:

"Monsieur — I am becoming deaf,"

- Monsieur je deviens sourde,

— until now I had used formulas such as "I do not hear well," "my ears are stopped up," etc. This time I dared to say that atrocious thing, and the doctor answered me with a surgeon's bluntness.

jusqu'ici j'ai usé de: je n'entends pas bien, j'ai les oreilles bouchées, etc. Cette fois j'ai osé dire cette chose atroce et le médecin m'a répondu avec la brutalité du chirurgien.

I hope that the misfortunes announced by my dreams are this — but I dare not hope for it, since it is neither new nor unforeseen; heaven had no need to warn me of it by dreams; there will therefore be something else still.

Je souhaite que les malheurs annoncés par mes rêves soient *cela* mais je n'ose l'espérer, puisque ce n'est ni nouveau, ni imprévu et par conséquent le ciel n'avait pas besoin de m'avertir par des rêves, ce sera donc autre chose encore.

I may become blind, or nearly so — I already have one eye that sees half as well as the other. But let us not concern ourselves in advance with the kindnesses God holds in reserve for His humble servant. For the moment I am only deaf. In the evening, when there are many people, in the hubbub of a gathering I hear well enough — also in a carriage.

Je deviendrai peut-être aveugle ou à peu près. J'ai déjà un œil qui voit moitié moins bien que l'autre. Mais ne nous occupons pas d'avance des bontés que Dieu tient en réserve pour son humbe servante. Pour le moment je ne suis que sourde. Le soir quand il y a beaucoup de monde, dans le brouhaha d'une soirée j'entends bien, aussi en voiture.

But it is in ordinary, quiet conversations that I am to be pitied. I must always try to be very close to people — which is awkward and which no longer allows me to maintain that calm, graceful bearing which suits me so well, nor the coquetry of attitude, nor... If I have a portrait to paint... And if...

Mais c'est dans les conversations ordinaires, calmes que je suis à plaindre. Il faut toujours tâcher de se trouver tout près des gens, ce qui est gênant et ce qui ne me permet plus de garder ce maintien calme et gracieux qui sied si bien, ni la coquetterie des attitudes, ni... Si j'ai à faire un portrait... Et si...

In any case he says it will certainly improve. As long as I have my family watching over me and coming to my aid with the skill of affection, it is still manageable... But alone, among strangers.

Enfin il dit que ça s'améliorera certainement. Tant que j'ai ma famille qui guette autour de moi et qui vient à mon aide avec l'adresse de l'affection, ça va encore... Mais seule, au milieu d'étrangers.

And if I have a husband who is unkind or insensitive... At twenty-two years old. If at least it were to redeem some great happiness with which I had been overwhelmed without deserving it... But —

Et si j'ai un mari méchant ou peu délicat... A vingt-deux ans. Si encore c'était pour racheter quelque grand bonheur dont j'aurais été comblée sans le mériter... Mais-

Why, then, do people say that God is good, that God is just.

Pourquoi donc dit-on que Dieu est bon, que Dieu est juste.

Why does God cause suffering? If it is He who created the world, why did He create evil, suffering, wickedness? I refer my readers to Musset's "L'espoir en Dieu,"2 which I beg my editor to insert here in full.

Pourquoi Dieu fait-il souffrir ? Si c'est Lui qui a créé le monde pourquoi a-t-il créé le mal, la souffrance, la méchanceté ? Je renvois mes lecteurs à "L'espoir en Dieu" de Musset que je prie mon éditeur d'intercaler ici tout au long.

So — I shall never be cured...

Alors, je ne guérirai jamais...

It will be bearable — but there will be a veil between me and the rest of the world. The wind in the branches, the murmur of water, the rain falling on the windowpanes... Words spoken in a low voice... With the Kotchoubeys I was not at fault a single time; at dinner either — as soon as the conversation is even a little animated I have no cause to complain. But at the theatre I do not hear the actors fully, even from a front box; and with models, in that great silence, one does not speak loudly... In any case... How ---? Doubtless it was foreseen in some way for the past two years; I ought to be accustomed to it... I am accustomed to it, but it is nonetheless dreadful.

*Ce* sera supportable mais il y aura un voile entre moi et le reste du monde. Le vent dans les branches, le murmure de l'eau, la pluie qui tombe sur les vitres... Les mots prononcés à voix basse... Avec les Kotchoubey je ne me suis pas trouvée en défaut une seule fois, à dîner non plus; dès que la conversation est seulement un peu animée je n'ai pas à me plaindre. Mais au théâtre je n'entends pas les acteurs entièrement même quand c'est une avant-scène et avec les modèles, dans ce grand silence on ne parle pas haut... Enfin... Comment--- Sans doute, c'était prévu en quelque sorte depuis voilà deux ans, je devrais y être habituée... J'y suis habituée mais c'est tout de même épouvantable.

I am struck in what was most necessary to me, most precious... An imbecile will be able to mock me. I was... I shall no longer be able to...

Je suis frappée dans ce qui m'était le plus nécessaire, le plus précieux... Un imbécile pourra se moquer de moi. J'étais... Je ne pourrai plus...

If only it stops there...

Pourvu que ça s'arrête là...

Notes

A "hospital surgeon" (chirurgien des hôpitaux) in 19th-century Paris: a senior consultant at one of the major public hospitals, the highest designation in French medicine. Marie's anonymity was a stratagem to prevent the kind of reassuring vagueness that prominent patients sometimes received.
"L'espoir en Dieu" (1838): a major philosophical poem by Alfred de Musset (1810–1857), grappling with the problem of evil and divine justice — asking why God permits suffering. It was one of the most widely read philosophical poems of the century, and Marie's invocation of it here is both literary and deeply personal.