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Wednesday, 2 November 1881
Here we are back in Madrid, where for a week I have been looking forward to staying three days to redo a sketch at Lorenzo’s.Mercredi 2 novembre 1881 Nous revoilà à Madrid où je me fais fête depuis une semaine de rester trois jours pour refaire une esquisse chez Lorenzo.
Hearing me speak of nothing else and seeing my impatience to return to Madrid, it is perfectly natural, is it not, that my aunt — all dressed up — should come to tell me:
En ne m’entendant parler que de cela et voyant mon impatience de revenir à Madrid il est tout naturel n’est-ce pas que ma tante toute habillée vienne me dire :
— Well, we are going to spend the day shopping, are we not? Mme Gavini’s fan.
- Eh bien nous allons passer le jour à faire nos achats n’est-ce pas ? L’éventail de Mme Gavini.
And as I reply that I am going to paint, she looks absolutely astonished and tells me I am mad.
Et comme je réponds que je vais peindre, elle a l’air absolument étonnée et me dit que je suis folle.
Then when I beg her to leave me at Lorenzo’s and go about her errands, she does not leave — to remark from time to time that we shall probably end up living in Madrid. By way of encouraging my work. [words blacked out: On our return we find a letter from Bojidar saying that my studio will be seized if the rent is not paid, and that Étienne, who was to send money from Nice, has left for Florence (his wife presumably having arrived in Nice).
Puis comme je la prie de me laisser chez Lorenzo et de faire ses courses, elle ne s’en va pas pour dire de temps à autre que nous allons probablement vivre à Madrid. Histoire d’encourager mon travail. [Mots noircis: En rentrant nous trouvons une lettre de Bojidar qui dit que l’on va saisir mon atelier si le terme n’est pas payé et qu’Etienne qui devait envoyer de l’argent de Nice est parti pour Florence (sa femme étant probablement arrivée à Nice).
So I quite naturally tell my aunt that one must send money, since she has seven thousand francs — to which she responds just as naturally that she cannot do so, given that with my inventions I am probably going to live in Madrid. I think even those who are not artists at all will understand my despair. The word is not too strong.
Alors tout naturellement je dis à ma tante qu’il faut envoyer de l’argent puisqu’elle a sept mille francs, ce [à] quoi elle me répond encore plus naturellement qu’elle ne peut le faire attendu qu’il est probable qu’avec mes inventions je vais vivre à Madrid. Je crois que même ceux qui ne sont pas du tout artistes comprendront mon désespoir. Le mot n’est pas trop gros.
In a profession where everything is… in a profession that is not a profession, these petty annoyances are atrocious. After working myself up to the point of flinging my garment to the other end of the room, I weep like a fountain. For I can do nothing about it! A piece of stupidity from these women, so good and so virtuous — one of those teasing stupidities, premeditated unconsciously (I cannot believe otherwise) — one of those good punches to my projects: an idea comes to you, you believe you have seized a subject — upon which one gets carried away, the dream takes shape, one makes a sketch, one is entirely absorbed in one’s work, one racks one’s brains to find harmonious arrangements, and at the moment when one is pursuing some a still very vague idea that might fly away if not caught… along comes this lady, this dear, this, this virtuous family that loves me so much and is so anxious when I cough. And I am not of an exaggerated sensibility — I think of myself as very practical compared to other artists… Not enough, as you see… Ah! Villainous and stupid family! They close the windows and heat the stoves, but have never imagined that their lawsuit could do a capital harm to their daughter… They are unwitting, I tell you. But this disastrous stupidity will be the death of me.
Dans un métier ou tout est... enfin dans un métier qui n’est pas un métier ces taquineries sont atroces. Après m’être emportée au point de lancer mon vêtement à l’autre bout de la chambre, je pleure comme une fontaine. Car je n’y puis rien ! Une stupidité de ces femmes si bonnes et si vertueuses, une de ces stupidités taquines, préméditées avec inconscience üe ne puis croire autrement), un de ces bons coups de poings sur mes projets, une idée vous vient, vous croyez tenir un sujet, là-dessus on s’emballe, le rêve prend corps, on fait une esquisse, on est tout entier à son travail, on se creuse la tête pour trouver des arrangements harmonieux et au moment où on poursuit quelque idée encore très vague qui peut s’envoler sans qu’on la saisisse... Arrive cette dame, cette chère, cette, cette vertueuse famille qui m’aime tant et qui est si inquiète quand je tousse. Et je ne suis pas d’une sensibilité exagérée, je me crois très pratique auprès des autres atistes... Pas assez encore comme vous voyez... Ah ! famille scélérate et stupide ! Ils ferment les fenêtres et chauffent les poêles mais ne se sont jamais figurés que leur procès pouvait faire un tort capital à leur fille... Ils sont inconscients je vous le dis. Mais cette bêtise désastreuse me fera mourir.
And they will weep for me very sincerely, blaming themselves for having given me too much freedom: “if she had been accustomed to obedience she would know what it means and would not go out undressed when even beggars cover themselves with furs — she would have been like other people, would not have caught cold and would not be ill… But besides, it was an impossible character…” That is what I am certain my good mothers will say. I am all the more certain as I have already heard them express themselves in identical terms. And they will never, never understand that a less strong, less energetic, less exuberant person would already have died of the seven years I have spent despite them. And above all the three years in Nice and Rome — in full illusion, in full youth, almost in childhood — arriving with hair loose in the wind, eyes wide open, mouth smiling, with all the golden dreams, perhaps in some sense justified — only to receive spits and kicks!
Et ils me pleureront très sincèrement en s’accusant de m’avoir laissée trop de liberté, « si on l’avait habituée à l’obéissance elle saurait ce que c’est et ne sortirait pas nue quand tous les mendiants même se couvrent de fourrures, elle serait comme les autres, n’aurait pas pris froid et ne serait pas malade... Mais aussi c’était un caractère impossible “... Voilà ce que je suis certaine qu’elles diront mes bonnes mères. J’en suis d’autant plus certaine que je les ai déjà entendues s’exprimer dans des termes identiques. Et jamais, jamais elles ne comprendront qu’une moins forte, moins énergique, moins exhubérante, serait déjà morte des sept années malgré elles j’ai passé. Et surtout les trois années de Nice et Rome, en pleine illusion, en pleine jeunesse presque en enfance, arrivant les cheveux au vent, les yeux grands ouverts, la bouche souriante avec tous les rêves dorés, peut-être justifiés en quelque sorte, pour recevoir des crachats et des coups de pieds !