Saturday, 22 April 1882
The Gavinis, Géry, and the Linsingen woman. I was out running errands — to Tony's, who is vexed because his artists' association is no longer working. Tony looks aged and ugly; besides, the weather is hot and heavy and everyone feels dull. He will come on Tuesday, but I am very afraid; I have done nothing good. And then... I am not yet settled back in, I am doing nothing, and that makes me think about what one might call springtime things... An unoccupied heart and no work for two days sends the imagination travelling... On the whole it is quite extraordinary that I am so... statuesque about it. It seems I can no longer remember what I was going to say — only that people who have crossed the great threshold... it is an entirely different existence and they have a mass of preoccupations that we do not suspect; the women and men one meets in carriages make me reflect... In short, life and novels and dramas all turn on this famous love of which we know only the spelling. I speak of it as a curious observer, coolly.Samedi 22 avril 1882
Non voyez-vous ce qu'il faudrait pour que je vive moi, ce serait avoir beaucoup de talent. Je ne serai jamais heureuse comme tout le monde. Etre célèbre et être aimé comme écrivait Balzac.
Voilà le bonheur et encore être aimé, n'est qu'un accessoire ou plutôt le résultat naturel d'être célèbre. Breslau est maigre, biscornue, ravagée, quoiqu'avec une tête intéressante. Aucune grace et *garçon* et sàie ! Elle n'arrivera a être un peu femme que si elle a du génie; moi si j'avais son talent je serais comme personne à Paris... Mais il faut que cela vienne !.. Dans le désir fou que cela vienne il me semble voir comme un espoir que cela viendra.
A propos de ce fantastique Cassagnac Julian disait avant-hier encore qu'il faudrait une supériorité écrasante pour qu'il soit à mes pieds. Toutes ces espérances de la première année, toutes ces promesses... Ai-je mal travaillé ou suis-je incapable... Peut-être suis-je à la veille d'arriver à quelque résultat... Je me sens dans un chaos duquel je dois sortir pour voir apparaître le but rêvé ou bien suis-je dévoyée, perdue, finie ?...
Cette absence, ce travail interropmpu... Ne plus avoir de conseils, d'encouragements... on s'y perd. On a l'air de revenir de la Chine, on n'est plus dans le mouvement...
Ah !... je crois que je n'aime rien comme la peinture qui à mes yeux devait me donner les autres bonheurs... Fausse vocation, fausses dispositions, fausse espérance !..
Ce matin je suis allée au Louvre et tenez je me calomnie. On doit pouvoir rendre quand on voit comme moi. Avant j'avais la confiance de l'ignorance mais depuis quelque temps mes yeux s'ouvrent... Ce matin c'est le tour de Paul Véronèse qui m'a apparu dans toute sa splendeur et tout son... éclat, cette richesse inouïe de tons; comment expliquer que ces splendeurs me soient apparues jusqu'ici comme de grandes toiles ternes, grises et plates ?
Ce que je ne voyais pas je le vois à présent... Des toiles célèbres que je regardais par respect humain seulement, me charment et me retiennent. Je sens les finesses des coloris, j'apprécie la *couleur* enfin ! Ô Amélie...
Un paysage de Ruysdael m'a fait revenir deux fois sur mes pas... Il y a quelques mois je ne voyais là rien de ce que j'y vois ce matin, de l'air véritable... de l'espace, enfin ce n'est pas de la peinture, c'est la nature vivante... Eh bien puisque toutes ces beautés que je ne voyais pas, je les vois à présent c'est que mes yeux se sont exercés, il se peut donc que le même phénomène se produise dans la main... Je ne veux pas dire que jusqu'à l'Espagne j'ai été absolument de bois, mais il est certain que ce voyage m'a ôté un voile des yeux... Eh bien maintenant il faut travailler à l'atelier, j'ai fait assez de choses indépendantes pour m'assouplir la main pour le moment, à présent il faut devenir un exécutant de première force et faire un tableau... l'année prochaine peut-être et si...
Restez dans les salons, dansez, aimez des gommeux et vous serez heureuses.