Wednesday, 27 October 1880
Berthe dined with us yesterday. Her elder sister bores her, it seems. Besides, she always has something to tell. I do not go to her house and invite her only coolly: "see you soon, won't we? Never more than that." She is content with it. We have never been close, but to have known each other for ten years and not to have a physical aversion to one another — that creates a sort of friendship which is not one. Besides, I am neutral: she comes, it is well; she does not come, it is still well.Berthe a dîné hier avec nous. Sa sœur aînée l'ennuie paraît-il. Du reste elle a toujours quelque chose à raconter. Je ne vais pas chez elle et ne l'invite que froidement: à bientôt, n'est-ce pas ? Jamais plus. Elle s'en contente. Nous n'avons jamais été liées mais se connaître depuis dix ans et n'avoir pas d'aversion physique l'une pour l'autre, cela crée une sorte d'amitié qui n'en est pas une. Du reste je suis neutre, elle vient c'est bon; elle ne vient pas, c'est encore bon.
Ce soir Gavini nous mène au Français, loge Casa Riera qui est une baignoire tendue de damas rouge. J'y aurais été très bien si j'entendais mieux... Le père Géry était avec nous. Gabriel a été changé de Rome à Berlin, en somme il est possible qu'il restera un an au ministère. Gambetta était dans une loge pareille à la nôtre, en face de nous, avec Arnaud et un autre. Venu pour voir jouer son ami Coquelin le rôle de Molière dans "L'impromptu de Versailles". Vous savez, il y a quelques jours on a célébré le bicentenaire de la Comédie et on a joué "L'impromptu" et "Le bourgeois gentilhomme" avec les musiques du temps etc.
Cet "Impromptu"... une actualité d'il y a deux siècles. Il faut renoncer à toute idée de connaître Gambetta et de faire son portrait, entouré qu'il [est] de Hecht et d'Arnaud... et puis, et puis mes oreilles sont mon unique préoccupation... Je [suis] bien éprouvée je vous assure... Et quelle horrible chose !
Ce qui est surprenant c'est que je m'occupais d'Audiffret en 1873 déjà à quatorze ans, après Boreel et Hamilton. Je trouve cela en feuilletant les anciens cahiers. Ce que c'est ridicule et surtout inepte, il faut vraiment que je sois bien au-dessus de ce que j'étais pour ne pas brûler ces pages, si je ne l'étais qu'un peu, je brûlerais tout avec fureur.