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Tuesday, 3 August 1880
Mardi 3 août 1880
Wodzinski comes to see us, which means I go out for a moment, and they take him to the drawing room where he introduces us to that old character, the Marquis de Barbentane, famous for his persistence in singing with the most ridiculous falsetto in the world. Wodzinski reminds me of Alexis; he was kind, that poor Serb.
Wodzinski vient nous voir, ce qui fait que je sors un moment, et on le mène au salon où il nous présente à ce vieux type de marquis de Barbentane, célèbre pour son acharnement à chanter avec le plus ridicule fausset du monde. Wodzinski me rappelle Alexis, il était gentil ce pauvre Serbe.
crossed out[Twenty-three lines crossed out]
[Vingt trois lignes cancellées]
That is the human side, but here is the family side, which moreover requires a preface.
Ça c’est le côté humain, mais voici le côté famille qui nécessite du reste une préface.
You know that for a long time my dream has been to go to Biarritz, and you know that since the age of sixteen I have always thought --- besides, you know how I have lived. Now, I cannot go there with my aunt, and this for a thousand reasons, not one of which is very clear, but which together make one formidable reason. First of all, it is awkward not to be with one’s mother when she is neither infirm, nor mad, nor dead, and people immediately invent something. I am too exasperated with my family to bear them except out of propriety, but when I am with Maman I have nothing to say since it is as much for me as for the world. But alone with my aunt, I do not have that natural reason that makes one forgive the formidable tedium of being bored tête-à-tête, and then I imagine that people say such atrocities about me that I prefer to stay shut up at home. Yet my aunt is the best of women to me; she worries immediately if I do not eat or am not wrapped up warmly enough; for the rest, she is stupid or plays the fool.
Vous savez que depuis longtemps mon rêve est d’aller à Biarritz et vous savez que depuis l’âge de seize ans, j’ai toujours pensé, du reste vous savez comment j’ai vécu. Maintenant, je ne peux pas y aller avec ma tante et cela pour mille raisons, dont pas une très claire, mais qui toutes font une formidable raison. D’abord c’est gauche de ne pas être avec sa mère quand elle n’est ni infirme, ni folle, ni morte et on invente tout de suite quelque chose. Je suis trop exaspérée contre ma famille pour la supporter autrement que par bienséance, or quand je suis avec maman je n’ai rien à dire puisque c’est tout autant pour moi et pour le monde. Mais, seule avec ma tante, je n’ai pas cette raison naturelle qui fait pardonner le formidable ennui de m’ennuyer en tête-à-tête et puis j’imagine qu’on dit de telles atrocités sur mon compte que je préfère rester enfermée chez moi. Pourtant ma tante est la meilleure des femmes pour moi, elle s’inquiète aussitôt si je ne mange pas où ne me couvre pas assez, pour le reste elle est stupide ou bien fait la bête.
She would be overjoyed to see me marry anyone, just so all these troubles would end; she would have opted for Soutzo or for another. And I am stupid, but I am quite vexed to see that it never occurs to my family that nothing is good enough for me. Certainly, she would not be surprised to see me marry an Emperor, but she would accept just as well a lesser lord, a Multedo. I write twenty times to Russia about this Biarritz, and they reply that I should go there with my aunt and that they will join me. Yet I have given all sorts of reasons and have sworn I would not go without her.
Elle serait aux anges de me voir épouser n’importe qui, pour que tous ces tracas finissent, elle aurait opté pour Soutzo ou pour un autre, et je suis bête mais je suis toute vexée de voir que ma famille ne s’imagine pas qu’il n’y a rien d’assez bien pour moi. Certes, elle ne s’étonnerait pas de me voir épouser un Empereur mais elle accepterait aussi bien un moindre seigneur, un Multedo. J’écris vingt fois en Russie pour ce Biarritz et on répond que j’y aille avec ma tante et qu’on m’y rejoindra. J’ai pourtant donné toutes sortes de raisons et ai juré que je n’irais pas sans elle .
Here is my letter of this evening, written in the midst of a fit of tears:
Voici ma lettre de ce soir écrite au milieu d’une crise de larmes:
Copied letter · Lettre de Marie Bashkirtseff à sa mère, 3 août 1880You are doing nothing useful in Russia; come back then so that I can go to the waters. Do not forget that I have always spent my summers in brilliant places like Soden, Schlangenbad, and this year Mont-Dore.Vous ne faites rien d’utile en Russie, revenez donc pour que je puisse allez aux eaux. N’oubliez pas que j’ai toujours passé mes étés dans des endroits brillants comme Soden, Schlangenbad et cette année le Mont-Dore.You have always acted as an enemy towards me, yet I must acknowledge that you have always left me the hope of catching a husband in the street. Now you do not even want that any more, for it is not at Mont-Dore that I shall catch a husband in the street, for the very good reason that there are no streets at Mont-Dore.Vous avez toujours agit en ennemie avec moi, pourtant je dois reconnaître que vous m’avez toujours laissé l’espérance d’attraper un mari dans la rue. Maintenant vous ne voulez même plus ça, car ce n’est pas au Mont-Dore que j’attraperai un mari dans la rue et pour la très bonne raison qu’il n’y a pas de rues au Mont-Dore .Besides, this is the last time I shall speak to you of this Biarritz, which I am beginning to be sick of from sheer begging for your return.Du reste c’est la dernière fois que je vous parle de ce Biarritz dont je commence à être dégoûtée rien qu’à force de mendier votre retour.You can come back, I assure you; you have tugged at me enough, and however immense the sum of pleasure I would have from this trip, it is already surpassed by the sum of bile you make me produce.Vous pouvez revenir je vous assure vous m’avez assez tiraillée et, quelque immense que soit la somme de plaisir que j’aurais de ce voyage, elle est déjà dépassée par la somme de bile que vous me faites faire.Is it not your system to grant things at the moment when one is exasperated and no longer wants anything? In any case, I shall speak of it no more. Do as you like, and know that I shall not budge from Paris until you have arrived. And I add: I have just received a letter!N’est-ce pas votre système d’accorder les choses au moment où l’on est exaspérée et où on ne veut plus rien. De toute manière je ne vous en parlerai plus. Faites comme vous voudrez et sachez que je ne bougerai pas de Paris que vous ne soyez arrivée. Et j’ajoute: Je viens de recevoir une lettre !I have just received your letter, which I am sending back because I detest prose.Je viens de recevoir votre lettre que je vous renvoie parce que je déteste les proses.What affairs are you speaking of? What do your affairs matter to me, and what use are your pennies to me?De quelles affaires parlez-vous ? Que me font vos affaires et à quoi me servent vos sous ?Give me a good reason for staying in Russia: I know you, you will come back and at every opportunity you will tell me it is my fault, that it is because I called you back too soon. Naturally these will be lies, but that does not stop you. I repeat: I shall go nowhere alone.Donnez-moi une bonne raison pour rester en Russie: je vous connais, vous reviendrez et à chaque occasion vous me répondrez que c’est ma faute, que c’est parce que je vous ai rappelée trop tôt. Naturellement ce sera des mensonges, mais ça ne vous arrête pas. Je le répète: je n’irais nulle part seule.
crossed out[Nine lines blacked out]
[Neuf lignes noircies]