Diary of Marie Bashkirtseff

It is nine o'clock in the morning. I am leaving for the atelier, but I need to say that Soutzo is betraying me. Why, how? I do not know. I imagine it because I am in the habit of regarding him as something that belongs to me. Besides, he sees me too much; he sees me at home; it is natural that in company he should not remain attached to my skirts. And yet no — there is neither betrayal nor anything else; he simply does not love me, that is all. I never seriously thought he did — you remember, I was asking myself: why does he come, what does he want? He does not seem to be in love! So if he does not love me, he must no longer come so often. I am once again humiliated by the same thing as always! Being seen at home or at Mme de Bailleul's. Even the Audiffrets are better off, and God knows they go to Mme Turr's, etc. But then they also go to the embassies and to... Let us go to work.

Il est neuf heures du matin, je pars pour l'atelier mais j'ai besoin de dire que Soutzo me trahit. Pourquoi, comment ? Je ne sais pas. Je me l'imagine parce que j'ai l'habitude de le considérer comme une chose à moi. Aussi il me voit trop, il me voit à la maison, il est naturel que devant du monde il ne reste pas attaché à ma jupe. Pourtant non, il n'y a ni trahison, ni rien il ne m'aime pas voilà tout. Je ne l'ai jamais sérieusement pensé, vous vous rappelez j'étais à me demander pourquoi vient-il, que veut-il, il n'a pas l'air d'aimer !? Alors s'il ne m'aime pas il ne faut plus qu'il vienne si souvent. Je suis encore humiliée par la même chose que toujours ! Etre vue chez soi ou chez la Bailleul. Même les Audiffret sont mieux et Dieu sait pourtant, elles vont chez Mme Turr etc. Mais aussi elles vont aux ambassades et chez... Partons travailler.

I went to Mme de Bailleul's yesterday as to an assignation, and I was counting on having a good time. From morning on I thought only of the evening — it was stupid, for I was agitated as if something extraordinary were about to happen. I have just returned from the Mouzays', where we dined with Dubois, Caillas, Alexandre Weil, and Salomon the deputy from Poitiers with his wife and daughter, etc. No! The most dreadful caricatures in Triboulet do not attain... the reality. Good heavens, what a red deputy! At tea in the evening, he wanted me to open my mouth so he could practice tossing grapes into it with his fingers!!

Je suis allée hier chez la Bailleul comme à un rendez-vous et je comptais m'amuser. Dès le matin je ne pensais qu'au soir, c'en était bête car j'étais agitée comme si quelque chose d'extraordinaire devait se paser. Je reviens de chez les Mouzay où nous avons dîné avec Dubois, Caillas, Alexandre Weil et Salomon le député de Poitiers avec sa femme et sa fille, etc. Non ! Les plus affreuses charges du "Triboulet" n'atteignent pas... à la réalité. Sapristi quel député rouge ! A thé le soir il voulait que j'ouvre la bouche pour s'exercer à y jeter des raisins avec ses doigts II!

I amused myself by gossiping with Julian and mocking everyone with imperturbable seriousness. Julian, who was in on it, must have enjoyed himself.

Je me suis amusée à médire avec Julian et à me moquer de tout le monde avec un sérieux imperturbable. Julian qui était au courant a dû s'amuser.

I told things as stupid as geese to the deputy and his honorable family. The good people!

J'ai raconté des choses bêtes comme des oies au député et à son honorable famille. Les braves gens !

But after all, just because I was amusing myself by tossing almonds into my mouth with the back of my hand, and because my neighbors did the same, that is no reason to toss them at one's neighbor!... This Weil, a remarkable man, it seems — a philosopher — held forth with rather naturalist views on the necessity of marriage. You can picture it. The evening did me good. I was in a deplorable state all day because that great scoundrel Soutzo had betrayed me. Mme de Bailleul had them dine together, and the little one had a vague air about him. There it is. It causes me something like disillusionment... it is one. How could this poor devil who seemed so nice... What is ugly is that all these stupidities influence my painting. Yesterday I worked very badly — distractions, impatiences; one would have said I was expecting something... I have presentiments about the slightest things.

Mais enfin parce que je m'amusais à m'envoyer du revers de la main des amandes dans la bouche et parce que mes voisins en ont fait autant ce n'est pas une raison pour en envoyer à son prochain !... Ce Weil, un homme remarquable à ce qu'il paraît, un philosophe a tenu des propos assez naturalistes sur la nécessité du mariage. Vous voyez cela d'ici. Cette soirée m'a fait du bien, j'étais dans un état désolant toute la journée parce que ce grand scélérat de Soutzo m'a trahie. La Bailleul les a fait dîner ensemble et le petit en avait l'air tout vague. Voilà. Cela me cause comme une désillusion... c'en est une. Comment ce pauvre diable qui avait l'air si gentil... Ce qu'il y a de vilain c'est que toutes ces bêtises influencent la peinture, hier j'ai très mal travaillé; des distractions, des impatiences, on aurait dit que je m'attendais à quelque chose... j'ai des pressentiments pour les moindres choses.

It is easy to understand that I am not pleased... Someone takes away a being by whom you hoped to be loved... It is not amusing. It must have rested him, little Audiffret; she is pretty and good-natured, and if he wanted her, she would want him at once. [One line crossed out] After having endured the heavy charm of a superior being, one is happy to reign in turn; one wants the prides and joys that illuminate life; one breathes; one is as if delivered. The poor prince must have breathed. And then why return under the yoke? One finds oneself very foolish to have let oneself be dominated; one discounts little by little all the qualities, all the graces of the object and sees only a tyrant. A woman adores a superior being, but the man tires of it, feels humiliated, and goes where he is adored — the ordinary man, that is.

C'est facile à comprendre que je ne sois pas contente... On vous enlève un être dont vous vous espériez aimée... ça n'est pas drôle. Ça a dû le reposer, la petite Audiffret; elle est jolie et bonne enfant et puis s'il voulait d'elle, elle voudrait tout de suite. [Une ligne cancellée] Après avoir subi le charme pesant d'une supériorité on est heureux de régner à son tour, on en veut des fiertés et des joies qui illuminent la vie, on respire, on est comme délivré. Il a dû respirer le pauvre prince. Et alors à quoi bon retourner sous le joug, on se trouve bien bête de s'être laissé dominer, on escompte petit à petit toutes les qualités, toutes les grâces de l'objet et l'on n'y voit qu'un tyran. Une femme adore un être supérieur mais l'homme s'en fatigue, se sent humilié et va là où on le gobe; l'homme ordinaire, s'entend.

In short, what did he do? I applauded the caterwauling while looking at him, and we laughed among ourselves; then he applauded too, to laugh. But that was still too much... They say one must not be jealous; one defends oneself against it as against something vile or unworthy... To begin with, like all feelings, it is involuntary. One may not follow its counsels, but not to feel it — never. Scenes of jealousy, or any act in which it shows itself, are not worthy of a proper soul, unless one laughs about it with the object — then it is a kindness.

En somme qu'a-t-il fait. J'ai applaudi les miaulements en le regardant et nous rions entre nous, alors il a applaudi aussi pour rire. Mais c'était encore trop... On dit qu'il ne faut pas être jaloux, on s'en défend comme d'une chose ignoble ou indigne... D'abord comme tout sentiment, elle est involontaire. On peut ne pas suivre ses conseils mais ne pas l'éprouver, jamais. Les scènes de jalousie ou n'importe quel acte où elle se montre ne sont pas dignes d'une âme convenable à moins qu'on n'en rie avec l'objet, alors c'est une gentillesse.

I am rather pleased with these great events; they provide me the occasion to reason, which amuses me.

Je suis assez contente de ces grands évènements, ils me procurent l'occasion de raisonner cela m'amuse.

Ah! My Salomon was too comical! And his family! Look at the face Triboulet gives to Marianne. That is it exactly.

Ah ! mon Salomon était trop drôle ! Et sa famille ! Regardez la tête que le Triboulet donne à la Marianne. C'est cela.

I believe I please Caillas.

Je crois que je plais à Caillas.

Despite a melancholy that I shall brutally call "femmelle," for I cannot explain it otherwise, I worked all day.

Malgré une mélancolie que je vais brutalement qualifier de femmelle, car je me l'explique pas autrement, j'ai travaillé toute la journée.