Thursday, 20 May 1880
Les extraits des journaux !
En voilà un qui me met en colère, jusqu'aux larmes !
Je suis très malheureuse. Ce sera donc toujours ainsi !
Les autres vivront et moi j'écrirais ces révoltes inutiles et atroces à mon bureau II!
Maintenant c'est fini, je me suis fait une raison; c'est bête de pleurer toujours sur la même contrariété humiliante. Du reste je n'ai eu qu'a penser que c'est une vieille histoire pour me calmer. J'ai travaillé.
Je trouve à la maison, Anitchkoff et Soutzo. Je débute en disant que tous les hommes ensemble ne valent pas la queue de Coco, puis à dîner, ce sont des grâces sans fin, la politique, les arts, la philosophie, que sais-je, j'en étais étonnée moi-même de l'éclat de mes discours. Puis je joue de la harpe, nouvel étonnement, j'en joue agréablement: en prenant mes leçons (une fois par semaine et encore !) cela n'allait pas trop bien... tout cela dépend des jours...
Soutzo joue au salon avec Anitchkoff, la partie commencée avant dîner pendant que je fais ma Corinne chez moi à côté. Quand vous me direz que ce crétin est amoureux de moi je ne vous croirai pas. Mais ce soir cela m'est égal: c'est-à-dire pourvu qu'il n'en aime pas d'autre mais du reste...c'est presque un sot.
Ce soir je me console de tout en me disant que je suis une femme supérieure. Oh ! la la.
Soutzo n'a pas tant que j'ai dit l'autre jour, qu'est-ce qu'il peut bien avoir ?
Enfin ça y est. Je suis très jalouse. Il vient d'avouer que Marie Audiffret lui plaît. Nous causions là, ma tante lui et moi; je parlais de la petite Juvisy, de la petite Audiffret; j'insistais pour Mlle de Juvisy et il a dit qu'elle ne lui plaît pas et que Marie Audiffret lui plaît, mais qu'il ne l'épousera jamais parce que la mère est une cocotte ou à peu près.
On a voulu le marier avec la petite et il n'a pas mis les pieds à la maison mais maintenant que la question du mariage est écarté il y va. Oh ! que cela m'ennuie... Enfin, c'est insensé mais je suis jalouse.
Je l'ai si bien remis à sa place et m'en suis tellement moquée qu'il ne parle plus, ni amour ni mariage, je voudrais qu'il en parlât, je lui dirais alors de ne plus aller chez ces gens-là.
Ce qu'il y a de sot c'est que je suis jalouse sans amour et que cela m'ennuie comme si... j'ai l'ennui et je n'ai pas le plaisir. Non mais ainsi une jeune fille qui vous parle du pyromètre de Musschenbroek.
Et qui entendant parler du luxe des jeunes filles fait l'infâme calembour de fiat lux. Si encore j'étais réellement savante mais je ne suis que poseuse !