Thursday, 23 October 1879
Jeudi, 23 octobre 1879
Nous revenons du concert organisé au Trocadéro par Coquelin au profit de l'Association des artistes. La Patti a chanté. C'est un évènement autre qu'artistisque après l'histoire Nicolini. Tous les journaux s'en sont occupés, voici le "Figaro" et le "Gaulois". On craignait des manifestations hostiles. Lorsqu'elle paraît c'est une salve d'applaudissements déjà suffisante et quand elle a chanté c'est une ovation telle que je n'en ai jamais vue et que beaucoup de gens disent n'avoir jamais vue à Paris où le public est si froid. Sarah Bernhardt a fait faux bon sans doute ne voulant pas être éclipsée et Adelina Patti a chanté un morceau de plus, elle a chanté trois, tous les trois bissés; chaque fois Coquelin la ramenait comme une enfant au public.
On l'a rappelée une douzaine de fois, tout le monde debout agitant les chapeaux, les mouchoirs, les programmes, criant, frappant des pieds applaudissant.
Elle n'en pouvait plus à la fin d'émotion, d'orgueil, d'attendrissement. Moi qui ai pleuré toute la matinée sur mon malheureux sort, pas exactement pleuré mais les larmes me venaient aux yeux et m'empêchaient de voir le modèle, donc moi qui ai passé une matinée agréable, ces ovations m'ont achevée; d'abord j'ai failli pleurer plusieurs fois pendant le concert et à présent j'ai mal à la tête. Elle chante divinement cette femme. Il est impossible de rien s'imaginer de pareil comme voix.
On prétend que le peu d'expansion qu'elle a maintenant est venue après Nicolini. Moi je trouve que c'est une chanteuse parfaite et que ceux qui lui reprochent d'être froide sont des imbéciles. Son mari la rend intéressante particulièrement et toute la salle a cru voir Nicolini caché derrière la portière de droite, je crois l'avoir reconnu. Eh bien M. le marquis de Caux êtes-vous content de la manière dont on a sifflé votre femme ? Vieux conducteur de cotillons cette adorable créature serait excusable si elle avait fait encore plus tellement elle est adorable.
Nous avions avec nous Lautrec et les princes. Nous étions élégantes toutes les quatre; j'avais une robe de velours noir tout unie et un grand chapeau noir.
Tous les autres artistes ont parlé et chanté très bien, un tel assemblage de talents se trouve rarement.
Coquelin, Judic, Chaumont, Lassalle, Polazac; tous des grands artistes.