Diary of Marie Bashkirtseff

# Lundi 12 mai 1879

I am pretty, happy, and gay. We go to the Salon with de Daillens, and then we talk of everything, for we encountered Béraud the painter — whom we had intrigued at the Ball — and who walked right past us without suspecting a thing. Meanwhile my ladies strolled on their own and saw the great Popaul on the Champs-Élysées. We all meet up back at home, and Dina, de Daillens, and I go to buy paintbrushes for me, talking all the while of Multedo and his excellent character.

Je suis jolie, heureuse et gaie. Nous allons au Salon avec de Daillens et puis on cause de tout parce que nous avons rencontré Béraud le peintre que nous avons intrigué au Bal et qui a passé à côté de nous sans se douter de rien. Pendant ce temps-là mes dames se sont promenées de leur côté et ont vu aux Champs-Elysées le grand Popaul. Nous nous retrouvons toutes chez nous et Dina, de Daillens et moi allons m'acheter des brosses tout en parlant de Multedo et de son excellent caractère.

Dina maintains that one could make of him a true and devoted friend. I am almost inclined to agree, while citing Popaul's friendship as an example — a friendship that Dina always distrusted to excess, whereas I took that distrust for mere affectation. How could I have doubted the great Paul? Never perhaps has a purer union been dreamed of than the union that... I had hoped to establish between him and me. He did not understand.

Dina prétend qu'on en ferait un ami vrai et dévoué. Alors moi je lui donne presque raison tout en citant l'amitié de Popaul en exemple, amitié dont Dina s'est toujours défiée avec exagération; tandis que moi je prenais cette défiance pour de la pose. Comment pouvais-je douter du grand Paul ? Jamais peut-être union plus pure n'a été rêvée, que l'union que... j'espérais établir entre lui et moi. Il n'a pas compris.

It was only seeing him marry that gave me other ideas; it was his marriage alone that caused this change in my thinking... not even a change... but I simply thought that... since things were to be thus, it would be better that it were me. I know I express myself badly. I could not explain to you the wild confidence, the esteem, the respect, the submission, and the immense sympathy that this man inspired in me. Was it love?

Ce n'est qu'en le *voyant* se marier que j'ai eu d'autres idées; c'est son mariage seul qui a causé ce changement dans mon esprit... pas même un changement... mais j'ai simplement pensé que... puisqu'il en était ainsi il valait mieux que cela fût moi. Je sais que je m'exprime mal. Je ne saurais vous expliquer la confiance folle, l'estime, le respect, la soumission et la sympathie immense que m'inspirait cet homme. Etait-ce de l'amour ?

I do not know exactly. He was a... nurse, a great protector, an angel, a being apart; I would have rested in his arms, told him a heap of stories, gone to dress in his room and sleep in his bed... relegating him, naturally, to the carpet or the chaise longue. I would have felt neither fear nor shame... he was only another self that I would have had as a constant witness to what I love and what amuses me in myself. When I say constant witness, I mean no more than the ordinary intercourse of friends. He did not understand this, and Dina mocks his chivalrous airs because she does not admit of such feelings. No matter — I know now that he is a great fool, and I adore him... oh! in a certain way. He is now nothing more than a subordinate.

Je ne sais pas au juste. C'était une... nourrice, un grand protecteur, un ange, un être à part; je me reposerais dans ses bras, je lui conterais un tas d'histoires, j'irais m'habiller dans sa chambre et me coucher dans son lit... en le reléguant bien entendu sur le tapis ou la chaise longue. Je n'aurais ni crainte ni pudeur... ce n'était qu'un autre moi que j'aurais eu pour constant spectateur de ce que j'aime et ce qui m'amuse en moi. Quand je dis constant spectateur cela ne veut pas dire plus que le commerce ordinaire des amis. Il n'a pas compris cela et Dina se moque de ses aires chevaleresques parce qu'elle n'admet pas de ces sentiments-là. C'est égal je sais maintenant que c'est une grosse bête et je l'adore... oh ! d'une certaine manière, il n'est plus qu'un subalterne.