Sunday, 29 September 1878
Sunday, 29 September 1878
Les Coubé ont dîné chez nous, on s'est souvenu de Soden et on a beaucoup ri.
Je préfère les plus atroces douleurs à des petites humiliations. Tout ce qui me tourmente fait partie des chagrins ignobles. Le malheur grandit. Les humiliants tripotages avilissent. Il y a deux choses ignobles desquelles découlent toutes les autres misères. L'argent et la position sociale. Les maladies, les morts, une bonne ruine bien complète, se supportent pour peu qu'on ait du cœur et la foi en Dieu. Mais les petites misères odieuses, ignobles, insaisissables pour ainsi dire, ne se supportent pas.
Quant aux chagrins d'amour, ils peuvent être atroces; ils peuvent tuer, mais ils se classent dans les chagrins amusants.
On dira que je préfère les autres tourments parce que je ne les ai pas. Eh ! bien demandez à un homme qui a beaucoup souffert, qui souffre beaucoup s'il veut changer avec moi, et si ce n'est pas le dernier des drôles il ne le voudra pas.
Alors ma situation est la plus affreuse du monde ? Certes, il y a des gens qui meurent de faim, qui travaillent pour vivre... oui, oui je sais mais cela se passe dans une autre sphère et il faudrait se mettre à un autre diapason pour en parler. Vous me comprenez, ne me faites donc pas de querelles d'Allemand pour des mots.
Il est deux heures, j'ai parcouru une brochure sur le Prince Impérial, on y raconte des traits touchants, pour attendrir les gens. J'ai pleuré presque tout le temps.
Il reviendra le petit, quand cela ne serait que pour me rendre bien malheureuse.