Saturday, 28 September 1878
Saturday, 28 September 1878
Doenhoff a dîné chez nous. Cinq minutes avant son arrivée maman reçoit une dépêche que je lis presque de force et que je confisque car elle est de cet épouvantail.
— "Eh bien dis-je, vous pouvez en être sûre je le dénoncerai à la police."
Là-dessus il se passe une scène dégoûtante. Elle quitte le salon et s'enferme. Je vais la retrouver et lui dis d'aller au salon et ne pas faire l'inconvenance de laisser Doenhoff tout seul. Alors on se jette par terre en épilepsie, on crie, on hurle.
Que le ciel m'écrase si j'avais proféré une menace ou une grossièreté. Seulement en voyant ces convulsions je me suis signée en disant que: voilà un affreux scandale, mais que peut-il bien y avoir entre vous et ce monstre, vous êtes une femme effrayante. Savez-vous ce qu'elle a fait ? Elle s'est précipitée par la fenêtre et si je ne l'avais pas saisie par les habits ça aurait été une jolie affaire. Je ne crie jamais comme les femmes, mais plus c'est grave plus je suis calme.
- Si c'est ainsi, dis-je, je t'enfermerai dans une maison de fous. Sais-tu que cela passe les bornes. Tu es folle.
Alors on se mit à hurler que: "*elle va m'écraser la figure de coups de poings* (textuel), j'ai peur, Ah ! mon Dieu j'ai peur !
Le charmant Nicolas écoutait derrière la porte et tout homme qui aurait entendu de telles choses, qu'aurait-il pensé de moi ?
Volontairement ou involontairement on travaille si bien à me perdre, avec un tel raffinement de perfidie que je le crois un effet de quelque abrutissement. Je suis écœurée.
Je ne sais si je suis entourée de fous ou de gens atroces. Je ne veux pas les excuser car si je me mets à les excuser on en pensera des horreurs et ma générosité apparente les chargera dix fois plus que des attaques qu'on attribuera à ma mauvaise humeur.
De la mauvaise humeur ici, dans cet enfer !!!
Doenhoff était toujours là, enfin on est entré au salon et nous sommes restés tranquilles jusqu'à onze heures du soir.
Les Coubé sont venus nous voir.
Quelle misérable vie. Il faut pourtant prendre son parti dans cet enfer de tortures petites, mesquines, odieuses.
Robert-Fleury a encore été très content de moi et m'a demandé si j'ai fait des peintures.
- Non Monsieur.
- Ah ! Mademoiselle ce n'est pas bien, vous savez bien que c'était convenu. Vous êtes vraiment coupable si vous ne travaillez pas beaucoup.
Et si vous saviez ce qu'il est sobre d'éloges, un *pas mal* est déjà très fort et j'ai eu des: bon, bien, très bien...
Mais cela vaut-il la peine de vivre pour cela seulement ? Il y a des moments où je mourrais avec bonheur. Tenez, je ferai semblant de me remettre à la chimie, je prendrai deux leçons par mois, cela me fournira l'occasion d'avoir des poisons. Une goutte d'acide prussique et tout ira bien.
Madame Abaza m'écrit de Florence. [Manque]
Je ne suis pas assez versée dans les tripotages politiques pour pronostiquer d'après des indices mais je sens que l'Empire reviendra bientôt et je vous l'affirme en dépit de tout ce qu'on peut dire. Ce n'est pas *alors* qu'il fallait "se boucher les oreilles, fermer les yeux et attendre que cet ouragan passe". Mais bien à présent et sérieusement.