Diary of Marie Bashkirtseff

It is impossible to paint the horrors we endure from that monster whose name would soil my pen.

Il est impossible de vous peindre les horreurs que nous subissons de ce monstre donc le nom me salirait la plume.

Mademoiselle Oelsnitz fainted, unable to witness "such a lack of respect toward a dead father." Scenes of drunkenness and the most odious words bellowed beside the corpse, the infamies he shouts against his own dead mother — who died because of him — make one's hair stand on end.

Mademoiselle Oelsnitz s'est trouvée mal, par ce qu'elle ne peut voir "un semblable manque de respect envers un père mort". Des scènes d'ivrognerie et les mots les plus odieux vociférés auprès du cadavre, les infamies qu'il crie contre sa mère morte et morte à cause de lui, font dresser les cheveux sur la tête.

This evening, during the service, Maman and my aunt had to hold him and endure his blows, to prevent him from going to insult the priests... Father Vassilieff interrupted the service and sent word that if he dared enter he would be prosecuted for sacrilege. Afterwards he nearly killed Maman and my aunt; the latter was about to receive a kick to the face when I dragged her backward and forced her to sit on the floor. Otherwise she could not have avoided it.

Ce soir pendant le service maman et ma tante ont dû le tenir et subir ses coups, afin de l'empêcher d'aller insulter les prêtres... Le père Vassilieff interrompit le service et envoya dire que s'il osait entrer il serait jugé comme sacrilège. Et après il a manqué de tuer maman et ma tante, cette dernière allait recevoir un coup de pied dans le visage lorsque je la tirai en arrière et l'assis par terre de force. Autrement elle ne l'aurait pas évité.

Tomorrow at noon the body is to be transported to the church vault, and then that man will have no further right to come here. Our great sorrow is a deliverance. As long as that poor father was here, there was nothing to be done — but now he has no more right in our home than in the house of Mlle and M. Acard.

Demain à midi le corps va être transporté dans le caveau de l'église et alors cet homme n'aura plus aucun droit de venir ici. Notre grand chagrin est une délivrance. Tant que ce pauvre père était là il n'y avait rien à faire, mais à présent il n'a pas plus de droits chez nous que chez Mlle et M. Acard.

The other papers say nothing of the great devil's triumph.

On ne parle pas du triomphe du grand diable, dans les autres feuilles.

I have ordered my mourning. I am quite glad to be in mourning — it is an honest pretext for living the life we already live, though this winter had seemed to promise real prospects of improvement. I shall try my chances in six months; I am so disgusted with myself that I am glad to cover myself in black... I am perhaps even a little ashamed at taking pleasure in a cause of sorrow. To rest from these horrors, while that infamous creature howls, I close my eyes and cradle myself in dreams to shut out the abominations... how kind he would be if he were here, he would do this, he would say that... Note that were I actually to see him, I should find too much fat under his chin, and he would seem to me more a stranger than a Dourassoff, colder than an undertaker... But in the intimacy of the imagination, he is the clarity and warmth of my soul... I should prefer a less gentle expression — this one exaggerates a feeling that exists only by contrast with the surrounding horrors, merely less dreadful, oh! only less dreadful — for my sun is degraded, and the mere thought of a married man is a degradation. My thoughts are quite pure — I speak of degradation only in terms of public morality... these poor fantasies are so ethereal that I see no harm in them... it is a world apart... the only one in which I live.

J'ai commandé mon deuil. Je suis bien aise d'être en deuil, c'est un honnête prétexte pour mener la vie que nous menons quoique pour cet hiver il y avait même à mon idée de grandes chances pour une sensible amélioration. J'essayerai mes chances dans six mois, je suis si dégoûtée de moi que je suis bien aise de me couvrir de noir... je suis peut-être même un peu honteuse de prendre ce plaisir dans une cause de tristese. Pour me reposer de ces horreurs, pendant que cet être infâme hurle, je ferme les yeux et pour m'isoler de ces abominations je me berce par des rêves... comme il serait bon s'il était là, il ferait cela, il dirait ceci... Remarquez qu'en le voyant je lui trouverai trop de graisse au menton et il me paraîtra plus étranger qu'un Dourassoff, il me fera plus froid que l'entrepreneur des pompes funèbres... Mais dans l'intimité c'est la clarté et la chaleur de mon âme... Je voudrais une expression moins douce, celle-ci exagère mon sentiment qui n'existe que par l'effet de l'opposition des horreurs dont je suis entourée à des choses* moins affreuses*, oh ! rien que moins affreuses car mon soleil est avili et rien que de penser à un homme marié est un avilissement. Mes pensées sont bien pures car je ne parle d'avilissement que pour la morale publique... ces pauvres fantaisies sont tellement éthérées que je n'y vois aucun mal... c'est un monde à part... le seul où je vive.

Real life is a detestable and tedious dream... And yet how happy I could be with only a little happiness — I possess in the highest degree the art of making much of nothing; besides, nothing that affects others affects me.

La vie réelle est un détestable et ennuyeux rêve... Pourtant comme je pourrais être heureuse avec seulement un peu de bonheur, je possède au suprême degré l'art de faire beaucoup de rien et puis rien de ce qui affecte les autres ne m'affecte.

The Coubes write to me.

Les Coubé m'écrivent.